Zhor Jaidi

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?
Originaire de la ville de Salé, je n’ai jamais eu le plaisir d’y habiter. Je suis casablancaise depuis l’âge de 2 ans après être née à Rabat.
 
Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’architecture d’intérieur ?
Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été préoccupée par l’organisation, l’ordre et l’esthétique d’un lieu. Souvent lors de mon adolescence, lorsque je partageais un moment avec des amis, je m’affairais à ranger, ordonner et mettre en valeur le moindre objet oublié dans l’espace utilisé. Ce qui m’orienta naturellement vers des études artistiques.  Mais lesquelles?
J’étais consciente que mon indépendance était la clef de la réussite et pour cela il fallait avoir des revenus certains par un métier artistique.
En effectuant des recherches au centre d’information et de documentation de la jeunesse, j’ai découvert avec engouement le métier d’architecte d’intérieur encore peu connu au Maroc en 1980. J’ai alors intégré l’école supérieure des arts modernes pour une durée de 3 ans après une année de beaux-arts. Une fois le diplôme d’architecte d’intérieur-designer obtenu, il fallait que je puisse m’assurer de concrétiser mes projets, ce qui m’a conduite à prolonger mes études par une formation de maquettiste sur 2 années à l’ASFODESS.
A partir de ce second diplôme, je me suis sentie apte à concevoir, dessiner et mener la réalisation de divers objets que j’avais imaginés. Chose aussitôt réalisée avec entrain à mon retour au Maroc. Et ce par une exposition de meubles et accessoires fructueuse qui m’a demandé une année de travail en collaboration avec divers artisans marocains.
Cette opportunité m’a permise d’étendre mon savoir à travers des arts ancestraux tels que le métier de dinandier par lequel j’ai pu faire réaliser des cadres photos, des plateaux et des lampes en cuivre. Ou encore le métier  de zelligeur à travers la modernisation des couleurs et motifs de carreaux, ainsi que plusieurs autres corps d’état.
Ceci a été ma troisième école au Maroc, la plus riche en valeurs humaines et en savoir-faire.
 
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le travail d’un architecte d’intérieur, ce qui le différencie de celui d’architecte et comment cette profession est-elle perçue et représentée au Maroc ?
L’évolution croissante de la technologie dans notre monde  et l’exigence de l’humain, ont fait multiplier les besoins et les détails architecturaux. Le métier d’architecte d’intérieur est alors structuré seulement en 1977 par la loi 77-2 en France. Il est inséré entre les métiers d’architecte et de décorateur pour répondre plus amplement aux besoins du bâtiment.
Auparavant, l’architecte se consacrait au moindre détail de tout  bâtiment conçu. Le décorateur homme ou femme de goût sans diplôme nécessaire, venait achever le travail en termes de choix de peintures, de tentures et de mobiliers, ce qui reste d’ailleurs toujours d’actualité.
De nos jours l’homme étant plus exigeant avec plus de besoins, le métier d’architecte d’intérieur s’impose afin de compléter ou de soulager le travail de l’architecte. Il s’occupera ainsi de l’étude des circulations et volumes intérieurs, du choix adéquats des matériaux, de l’organisation des différents espaces de vie à travers la création ou le choix du mobilier, des rangements détaillés ainsi que de la praticité du bâtiment.
Il veillera à l’harmonie des lieux par les différentes énergies (éclairage, air, eau…) pour une sérénité que ce soit dans le domaine privé ou professionnel.
Sa mission s’étend de la restructuration d’un intérieur à son aménagement. Contrairement à l’architecte, il n’est pas autorisé à signer les permis de construire et n’est pas formé aux travaux relatifs à la construction neuve ou aux réhabilitations lourdes.
Au Maroc, le métier n’étant pas encore organisé, on oblige l’architecte d’intérieur à pratiquer son métier sous la responsabilité d’un architecte inscrit à l’ordre, lorsqu’il s’agit de projets nécessitant une autorisation de modification ou de construire même si l’oeuvre est entièrement conçue par l’architecte d’intérieur.
 
Vous avez ouvert votre agence, Klarté, en 1992 quels sont vos clients? Plutôt particuliers ou grandes entreprises ?
De retour au Maroc en 1988 après un séjour en Californie et à Singapour, j’ai rejoins le métier de maquettiste dans le cabinet Benabdeljelil puis j’ai passé différents stages en architecture. Une année plus tard, j’ai débuté en freelance sur des chantiers individuels jusqu’ à ouvrir mon agence en 1992. L’organisation d’espace de vie étant mon point fort, je me suis consacrée à des projets particuliers et  professionnels. C’est ainsi que j’ai pu accéder  à des réhabilitations de grandes entreprises en l’occurrence l’Oréal, Lafarge ainsi que les  projets de l’aéroport de Rabat Salé et celui du fameux Sphinx de Mohammedia . Ref www.klarte.ma
 
Après avoir vécu en France, aux Etats Unis et à Singapour, vous êtes toujours revenue au Maroc, pourquoi ?
Mon retour au Maroc s’est fait progressivement, car bien qu’ayant une adresse au Maroc, les voyages étaient toujours fréquents sur d’autres horizons, ce qui a beaucoup contribué à ma créativité.
Etant très attachée à mes valeurs et coutumes marocaines, je me devais de les transmettre à mes enfants et surtout dans notre  royaume. Ce qui ne m’empêcha pas de faire des projets à Bruxelles, Paris ou New York.
 
Architecte d’intérieur mais pas que, racontez nous votre passion pour l’artisanat marocain et le linge de maison…
Il en va de soi, que lorsque nous sommes passionnés par un métier (comme je le suis), l’envie d’exceller nous pousse au détail et à la munition. Très manuelle et exigeante, j’ai voulu confectionner  moi même les trousseaux de mes bébés, d’où la fibre du linge de maison.
Et de fil en aiguille, je me suis aperçue en 1987  que le linge raffiné en dehors du linge artisanal marocain, n’existait pas au Maroc. C’est ainsi que j’ai créer une ligne de linge de maison (draps, nappes, fonds de plateau, pochette de linge, etc…) le tout entièrement confectionné à la main dans des étoffes naturelles de lin, coton et voile suisse importés.
Tout ce linge trouve jusqu’ à ce jour, bon acquéreur à travers ma propre clientèle. Je n’ai pas fais le choix d’une boutique de vente mais les collections sont toujours présentées à travers une exposition ponctuelle afin de pouvoir m’y consacrer pleinement et surtout vivre ce partage en expliquant l’histoire de chaque pièce.
 
Vous préparez également une collection de mobilier pour Septembre, parlez nous de sa particularité
Comme je l’ai annoncé précédemment, fière de nos coutumes et traditions, l’aire moderne actuelle ne nous permet plus de vivre dans les mille et une nuits de par nos plateaux d’argent ou salons brodés. Afin de  faire gouter aux générations montantes ces belles traditions, je dédie une prochaine collection de meubles qui alliant tradition et modernité.
 
Vous vous plaisez à dire « Ce que femme veut, Dieu veut ! », et pourquoi femme et pas homme ?
Il est certain que la femme étant plus sensible et subtile que l’homme, elle usera de tous les moyens attractifs pour obtenir ce qu’elle désire. Ne serait-ce pas là le secret de la loi de l’attraction?
Donc je dis bien :  » Ce que femme veut Dieu veut. »
 
Quel est votre livre de chevet en ce moment ?
« Le pouvoir illimité » d’Antony Robbin
Bon coaching dans la continuité de mes occupations……

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on LinkedInEmail this to someone