Yasmine Benamour

D’où venez-vous ? Où vivrez-vous ?

Je viens de Casablanca. Je l’ai quittée pour étudier. J’y suis revenue sans hésiter et je pense que j’y resterai. C’est une grande ville, bruyante, dure, voire agressive mais elle reste très attachante et demeure surtout ma ville natale.

 

Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi ce choix d’études ?

Pendant longtemps, petite, je souhaitais être « savante » sans trop savoir ce qui se cachait réellement derrière ce mot. Sa représentation globale me plaisait et je me voyais juste inventer des choses. J’ai finalement poursuivi des études supérieures en management à l’Université Paris Dauphine et ce, jusqu’à obtenir mon Doctorat ès Sciences de Gestion. Je ne suis certainement pas une « savante » aujourd’hui mais j’ai quand même atterri dans la recherche !

 

Pourquoi avez vous décidé de passer 6 mois aux USA à la fin de vos études et comment s’est déroulée cette expérience ?

Lorsque vous faites un Doctorat qui prend quand même un certain nombre d’années et qui représente un travail colossal et complètement individuel, vous êtes tel un ermite, même si, personnellement, j’ai travaillé à mi-temps, en parallèle, dans un centre de recherche à Dauphine (le CGEM – Centre de Géopolitique, de l’Energie et des Matières Premières). J’avais donc envie, d’une part, de décompresser, et d’autre part, d’explorer autre chose, de vivre ailleurs qu’en France où je venais de passer 8 ans. J’ai donc passé 6 mois à Denver dans le Colorado. J’ai travaillé dans une petite boite d’études et j’étais en même temps tour à tour hôtesse d’accueil et serveuse dans un restaurant steak-house. Cela peut paraître étonnant mais j’avais envie d’explorer toutes les facettes de la vie américaine. C’est un souvenir inoubliable.

 

Pourquoi être revenue au Maroc ?

Lorsque j’étais aux Etats Unis, le propriétaire de la boite d’études où je travaillais était, à l’époque, d’un certain âge et n’avait pas d’héritier. Nous nous sommes très bien entendus et il m’a proposé de me céder son entreprise quasiment au Dollar symbolique, pourvu qu’elle continue son activité dans les meilleures conditions. L’idée d’accepter m’a certes traversé l’esprit, mais pas plus que quelques secondes. Pour moi, revenir et servir mon pays était juste une évidence.

 

Comment s’est passé votre retour au Maroc et votre expérience au sein de la BMCE Bank ?

Mon retour au Maroc s’est très bien passé parce que je l’ai voulu, consciente de ce qu’offre notre pays comme opportunités mais également comme contraintes et environnement. Etant donné que mon sujet de thèse tournait autour de la notion de confiance dans la relation de service, et notamment bancaire, j’ai directement intégré la BMCE Bank en tant que Responsable du Département Marketing Stratégique que je devais créer. Après 5 années, j’ai souhaité élargir mon champ d’actions et je suis passée chargée de mission auprès de la Direction Générale. J’ai occupé ce poste durant 2 ans. J’ai énormément appris, sans compter l’énorme  cadeau que m’ont fait mes patrons et qui est celui de m’offrir une très belle formation Executive à Harvard Business School. J’en suis aujourd’hui une Alumni avec tous les bénéfices que procure ce formidable réseau. La BMCE Bank m’a fait un cadeau pour la vie en fait, et je lui en suis très reconnaissante.

 

Pourquoi avez-vous repris HEM ?

Je suis un peu comme Obélix. Mes deux parents sont enseignants et j’ai dû inconsciemment tomber dans la marmite quand j’étais petite! En quittant la banque en 2008, je devais initialement travailler aux côtés de mon père. Celui-ci a, soudainement et avant même mon arrivée à HEM, été nommé par SM Le Roi Mohammed VI en tant que Président du Conseil de la Concurrence. Ne pouvant cumuler les postes, il a alors confié la mission de Direction de HEM à 2 personnes : à mon collègue Hassan Sayarh, qui était à l’époque DGA, et à moi. Nous ne nous connaissions même pas et nous devions, du jour au lendemain, tout décider à deux,  signer le moindre chèque ensemble. Pas facile… Heureusement, nos egos respectifs étant de taille normale et portant profondément les mêmes valeurs, cette formule de codirection qui aurait pu s’avérer dangereuse est aujourd’hui un vrai plaisir et une réussite.

 

Qu’avez-vous apporté de plus à la structure montée par votre père ?

A mon arrivée en 2008, HEM était déjà une très belle business school, sérieuse, rigoureuse, avec une excellente image et une forte notoriété. C’était une structure purement familiale composée de 3 campus et d’un tout jeune centre de recherche, le Cesem. Aujourd’hui, grâce aux efforts de tous et avec un mode de management très participatif qui nous est propre, HEM est devenue un véritable Groupe avec près de 2000 étudiants, 6 campus, un centre de recherche plus étoffé, une plateforme de recherche électronique accessible à tous www.economia.ma, une Fondation et avec IFC – Banque Mondiale dans son tour de table depuis 2014. Par ailleurs, nous avons lancé l’an dernier notre nouveau bébé : « Med Métiers – L’Institut Supérieur des Métiers Industriels » à Tanger. Dans un esprit citoyen, ce nouveau modèle d’institut privé, professionnalisant, axé métiers, mêle qualité et juste prix, et vise la formation BAC+3 d’un middle management en phase, justement, avec les besoins économiques de notre pays. « Med Métiers » s’adresse ainsi à des catégories économiquement plus faibles. Il est complètement distinct de HEM la « Grande Ecole » BAC+5.

 

Qu’aimeriez continuer à réaliser au sein de HEM ?

J’aimerais en tout premier lieu que nous continuions à en respecter la culture, les valeurs et que nous continuions à en faire la meilleure école de management privée au Maroc. Les perspectives du Groupe HEM sont nombreuses. Nous projetons tout d’abord d’ouvrir de nouveaux Campus HEM Business School dans d’autres villes marocaines. Nous projetons parallèlement de dupliquer le modèle « Med Métiers » au Maroc et probablement plus tard en Afrique. Nous avons du pain sur la planche et en sommes très heureux.

 

Maman de deux petits garçons, vous vous êtes retrouvée veuve très jeune, comment arrivez vous à gérer cette situation personnelle et votre carrière ?

Lorsque je suis arrivée à HEM, mes enfants avaient respectivement 17 et 33 mois. Gérer deux bébés en bas âge et assumer mes nouvelles responsabilités fût très dur. Mon mari est décédé 7 ans plus tard d’une longue maladie, comme on dit pudiquement. La vie réserve bien des surprises. Elles sont parfois bonnes et parfois bien moins. Dans tous les cas, il faut rester fort et aller de l’avant. Je suis une personne fondamentalement positive. Pour ce qui est de la gestion de cette situation personnelle et de ma carrière, je crois que je suis devenue championne de l’organisation, de l’optimisation du temps et de la gestion des priorités! C’est fatiguant mais faisable et surtout indispensable.

 

 
Vous avez une vie associative très riche, pouvez vous nous parler des associations dont vous faite partie  (YPO, CFA, Réseau Entreprendre Maroc, CCEF) ?

La vie associative permet de sortir de son quotidien et de s’assigner  d’autres objectifs. C’est important et j’essaye effectivement de dégager du temps pour cela. Je fais partie de YPO – Young Presidents’ Organization – qui est le plus grand réseau mondial de jeunes dirigeants, de CFA, le Club des Femmes Administratrices dont l’objectif est d’accompagner le débat sur la représentation des femmes dans les organes de gouvernance des entreprises, de REM – Réseau Entreprendre Maroc – qui est une formidable association dont l’objectif est d’encourager l’entreprenariat ; je participe, à ce titre, à différents jurys & commissions et je ‘mentor’ un jeune entrepreneur pour une durée de 3 ans. Enfin, je fais également partie du réseau des Conseillers du Commerce extérieur de la France, une mission qui me tient à cœur.

 

Et si vous nous parliez de votre amour pour la danse classique…

Je dis toujours à mes enfants et à mes étudiants qu’il faut avoir une passion dans la vie, quelle qu’elle soit. La mienne est incontestablement la danse et particulièrement la danse classique. J’ai fait toutes mes classes chez les Zinoun. Je pratique la danse classique depuis l’âge de 6 ans et je la pratique encore aujourd’hui. C’est ma bouffée d’oxygène. La danse classique est une véritable école. Elle m’a appris non seulement le sens de l’artistique, du beau, du rythme, le respect du corps et l’amour de la musique mais également la discipline, la rigueur, la concentration et le dépassement de soi. Je suis remontée sur scène ces deux dernières années pour un ballet amateur ; Un des plus beaux cadeaux que je ne me suis jamais fait à moi-même depuis 20 ans…

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