Sanaa Kadmiri

Vous avez passé plus de 20 ans au sein de la deuxième chaine marocaine, entre animation, programmation et production. Qu’est ce qui vous a menée vers le chemin du petit écran ?

Je n’ai pas choisi mon parcours professionnel, il s’était imposé à moi par un concours de circonstances.

En effet, ayant obtenu mon baccalauréat, je comptais me rendre en France pour y terminer mes études, mais ma visite au siège de la chaine de télévision marocaine 2M (qui venait d’ouvrir à l’époque) a changé mon destin.

J’étais impréssionnée et complètelent conquise par l’univers nouveau qui se présentait à moi. Les lumières, la musique, le dynamisme et la jeunesse de l’équipe constituaient une explosion créative pour moi. Je me disais que c’est ici que j’ai envie d’évoluer…Après avoir passé les examens, j’ai été acceptée comme stagiaire. J’étais en charge du prompteur. Ma mission était de retranscrire les textes de présentations des journalistes ou animateurs et au moment du direct, il fallait descendre au plateau pour gérer le prompteur. C’était une grande responsabilité, car c’est comme si vous étiez la mémoire.

 

Comment êtes-vous passée de la simple stagiaire à la working-woman que vous êtes ?

J’aurais pu stagner et m’arrêter à la mission qu’on m’a donnée mais c’était contre ma nature. Ma passion d’apprendre toujours plus m’a poussée à décortiquer les fiches des journalistes. Le style, la syntaxe, les tournures de phrases… je passais tout au crible. De plus, j’étais toujours partante pour donner un coup de main à droite et à gauche. J’ai pu donc explorer différentes facettes des métiers de l’audiovisuel. Et de fil en aiguille, j’ai été désignée pour devenir la première animatrice pour enfant au Maroc et c’est à ce moment là que mon ascension a commencé.
 

Pourquoi vous avez eu l’envie d’entreprendre autour de l’univers des enfants  ?

L’univers des enfants n’est pas très éloigné du mien. J’ai toujours eu de l’affection pour les enfants, étant moi même une femme enfant. Cela a été soufflé aux responsables de la chaine qui m’ont proposé de présenter “Salut les petits loups” une émission de 2h en direct, j’avais seulement un mois et demi pour la préparer. Avec l’équipe, nous avons réussi à relever le défi. Après cela, j’ai été aux commandes de “Bonjour les enfants”, puis des quotidiennes spéciales enfant. A un moment donné de ma carrière j’en étais à trois émissions par semaine.

En somme, entre 1990 à 2001 je n’ai fait que de l’animation, j’ai conclu d’ailleurs avec ma propre émission. Produite, préparée et présentée par moi même. Il s’agissait du premier talk-show pour enfant. J’invitais des enfants à parler des livres qu’ils auraient lus, une nouveauté dans le paysage télévisuel marocain.

 

Durer semble être important pour vous. Quelles sont, selon vous, les clés pour pouvoir y arriver ?

Il n’y pas de solution miracle, la clé pour durer et surtout se faire respecter dans votre milieu professionnel, c’est d’être combative. Être en éveil, savoir observer et écouter les autres et se remettre en question. C’est un combat quotidien. Au cours de mon parcours on ne m’a jamais rien donné gratuitement. Je crois en mes projets, je les ai portés jusqu’au bout et si je tombe, je me relève aussitôt pour recommencer. Je me posais toujours les mêmes questions : est ce que je peux faire mieux ? Est ce que je peux aller plus loin ? qu’est ce que je peux donner aux autres ? Parce que le jour où vous mettez les pieds à 3 cm du sol, vous êtes mort dans le milieu de l’audiovisuel.

 

Vous vous êtes forgée dans un milieu masculin, est ce que cela a été facile d’entreprendre dans cette sphère masculine?

Le fait d’être un bout de femme d’un mètre 50 au sein d’une équipe d’hommes n’est pas chose aisée. Je parle de la régie qui est essentiellement masculine. Vous avez intérêt à être une dame de fer. Au cours de ma carrière, j’ai eu affaire à des personnes qui portent un regard dégradant sur la femme. “Après tout, ce n’est qu’une femme” disent-ils. En même temps, j’ai vu ces mêmes personnes misogynes changer au fil du temps.

 

Justement comment y êtes-vous parvenue ?

J’y suis parvenue en travaillant, en dédoublant d’effort. Les années passent et ce sont ces mêmes personnes qui finissent par changer de regard envers vous en tant que femme. Mais je tiens à le dire, jamais un homme ne m’a donné une chance gratuitement, ce n’est qu’en étant régulière et minutieuse qu’on peut réussir.

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