Samia Yacoubi Soussane Benlamine

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?

Je suis native de Fès où j’ai vécu jusqu’à la Terminale et que j’ai quittée pour aller en France faire mes études supérieures. Je vis à Rabat depuis mon retour.

 

Quelles études avez-vous poursuivies ? Avez-vous été influencée pour ce choix d’études et si oui, par qui ?

Après obtention de mon diplôme de Gestion d’Entreprises à Lyon, j’ai été à Paris pour me spécialiser dans les Assurances.

Le choix de cette discipline a été motivé par deux facteurs : le premier était l’intérêt suscité par mes discussions avec un de mes frères qui était déjà dans le domaine et qui m’en parlait avec passion.

Le deuxième était le besoin du Maroc en cadres à une période où le secteur commençait à se marocaniser.

L’analyse de ces deux facteurs conjugués m’a amenée à conclure que ce secteur avait une dimension sociale dans le sens où il apporte à travers une certaine mutualisation, une solidarité socio-économique face aux aléas de la vie, d’où l’intérêt que j’ai eu à m’y intéresser.

 

Comment vous est venue l’idée de fonder Promassur ?

J’ai eu la chance à la fin de mes études dans les assurances, de décrocher un stage dans un grand cabinet parisien. De retour au Maroc, j’avais décidé de par ma formation dans cette entreprise, de fonder mon propre cabinet de courtage à Rabat.

Le potentiel du marché marocain et mon enthousiasme de jeunesse m’avaient suggéré l’idée du nom de mon cabinet PROMASSUR diminutif de «Société de PROMOTION DES ASSURANCES » devenu mon enseigne commerciale, une sorte de contribution au développement de la notion de solidarité.

 

Le fait d’être une femme a-t-il été plus un avantage ou un inconvénient pour votre carrière ?

L’éducation de mon père qui nous a toujours traité en amis, son ouverture d’esprit, le respect qu’il portait à ma mère et la place de celle-ci dans les grandes décisions familiales m’a démontré que la femme participe utilement à la construction de la cellule familiale saine et solide qui contribue à son tour à la construction d’une société où la femme peut librement et efficacement jouer un rôle dans la société. Par conséquent, en dehors du respect mutuel, aucune barrière ne peut exister, à mon sens, pour l’épanouissement de la femme et à son apport socio-économique à côté de l’homme.

 

Quels ont été vos modèles durant votre jeunesse ?

Durant ma jeunesse, mes modèles ont été mes parents et mes frères, qui avaient comme objectifs principaux une éducation civique saine et active, le sens de la responsabilité et l’accès à un haut niveau d’instruction. A mon sens tous ces objectifs ont été atteints, louange à Dieu.

En outre mes modèles de jeunesse ont été Sar la Princesse Lalla Aicha qui incarnait la modernité pour la femme marocaine, Touria Chaoui, première femme pilote qui incarnait l’avenir du futur Maroc indépendant, Malika El Fassi, grande militante, impliquée dans la cause de l’indépendance de notre pays.

 

Depuis vos débuts, qu’est ce qui a le plus changé dans votre façon d’entreprendre ?

Le principal changement dans ma façon d’entreprendre est de maintenir un pont entre l’entreprenariat et la vie socio-culturelle. Il n’y a pas d’entreprenariat réussi sans les valeurs sociétales : transparence, persévérance, rigueur alliées au sens du partage.

L’entrepreneur doit avoir un rôle dans l’évolution positive de la société, il reste beaucoup à faire au Maroc, dans ce sens aussi bien dans l’action que dans l’adaptation des législations pour aboutir en quelque sorte à la formalisation de la relation entreprise-environnement socio-culturel.

 

Quels sont les hommes et les femmes qui ont compté pour vous ?

Les hommes et les femmes qui ont le plus compté pour moi sont dans le même sens que ce que j’ai dit précédemment, mes parents, mais aussi mon mari avec qui j’ai appris beaucoup et notamment lorsqu’il ne cessait de répéter « il faut cultiver la persévérance et chasser l’impatience »

 

Quel était votre rêve de petite fille ?

C’est ainsi que j’ai réalisé mon rêve de jeune fille « être une femme utile à ma société »

 

Si vous deviez donner un conseil aux générations suivantes de jeunes femmes, que diriez-vous ?

Modestement, mon conseil aux futures générations de jeunes filles : Rêver pour nourrir ses ambitions tout en déployant des plans réalistes, qui progressivement aboutiront à la concrétisation de ces ambitions.

Le réalisme est le filtre qui évite les erreurs de la vie professionnelle, sociale et amoureuse.

Il faut aussi garder présent à l’esprit que l’avenir du monde est dans le partage avec autrui.

 

Si vous deviez conseiller 3 livres, lesquels seraient-ils ? Et pourquoi ce choix ?

Le premier livre est le Coran dans sa dimension philosophique. J’en retiens, entre autres, le sens du partage avec autrui qu’il érige en obligation sociale dans plusieurs de ses versets, cette notion sans laquelle, l’avenir du monde est menacé.

Le deuxième livre est « Le Pain nu », de feu Mohamed Choukri, autodidacte et écrivain marocain ayant un statut important dans la littérature arabe, son livre est l’un des premiers textes qui aborde des sujets tabous dans la société nord-africaine de l’époque, comme la drogue, la violence ou la sexualité.

Le Troisième livre est « Sultanes oubliées » de feu Fatéma Mernissi décédée il y a juste un an, écrivaine et sociologue marocaine de grande envergure qui a traité pendant toute sa vie de grandes questions de la société : féminisme, Islam et modernité, et qui doit rester un des modèles de l’intellectuelle marocaine et que nous avons le devoir de continuer à faire vivre à travers la connaissance de ses ouvrages.

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