Saida El Iraki

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?

Je suis née à Fès j’y ai vécu le temps de ma petite enfance ensuite mes parents se sont installés à Casablanca que je n’ai jamais quitté.

Cependant, je reste fascinée par Fès parce que j’appartiens à une famille qui allie tradition et modernité : Mon grand père était Lauréat Allem de la Karaouine mais nous a transmis la tolérance extrême et la sagesse, tandis que mon père et militant nationaliste de première heure m’a transmis la ferveur dans la défense de mon pays et de l’intérêt général. (je me suis inscrite à la marche verte que j’ai suivi passionnément).

 

Avez-vous été influencée sur votre choix d’études ? Si oui, par qui ?

Mon choix s’est imposé de lui-même. A l’âge de 18 ans juste après l’obtention de mon baccalauréat, j’envisageais de m’inscrire à la Sorbonne pour des Etudes de Philosophie, lorsque j’ai rencontré mon mari, je n’avais plus d’autre choix que d’étudier au Maroc, la seule possibilité était la faculté de Droit de Casablanca.

Ce choix m’était prédestiné puisqu’il m’a mené à exercer le métier d’Avocat qui m’a passionné et me passionne toujours.

 

Quels sont les problèmes que vous avez rencontrés, durant votre jeunesse, qui vous semblent liés au fait d’avoir été une jeune fille ?

Je n’ai pas le souvenir de quelques discriminations à mon égard par le fait d’être une jeune fille, bien au contraire dans ma famille mon père nous mettait sans cesse en avant ma sœur et moi-même par rapport à nos trois frères. D’autant plus qu’étant l’ainée, je jouissais d’une attention particulière et mes deux parents m’ont responsabilisée très tôt en me faisant une confiance absolue.

J’ai donc évolué dans un milieu décomplexé quant par rapport garçon-fille, ce climat familial m’a donné une assurance dans la vie et la confiance en l’autre.

 

Quelles sont les étapes les plus importantes de votre vie professionnelle ?

La première étape la plus importante à franchir a été la création de mon cabinet en 1977, encouragée et soutenue par mes pairs et mes patrons de stage le Bâtonnier Maître Abderrahim Bouabid et le Bâtonnier Maître Ibn Abdeljalil, alors qu’une partie de mes amis me décourageait parce que c’est un métier d’homme qui nécessite des sacrifices et que les juges seraient sexistes.

Comme j’adore relever les défis, j’ai ouvert mon cabinet toute seule avec mes propres moyens pour en être la seule responsable.

La deuxième étape : Après le succès que j’ai rencontré dans l’exercice de mon métier, il a fallu assurer la gestion du cabinet que j’ai modernisé au fur et à mesure des besoins en intégrant les nouvelles technologies et

toutes les possibilités offertes par les modules informatiques.

Cependant, je ne me suis jamais écartée des principes simples : tels que constituer une équipe soudée avec mes collaborateurs avec des réajustements constants, des consultations permanentes et la fixation des objectifs que nous nous promettons d’atteindre pour répondre aux demandes.

J’ai veillé également à nous donner les moyens pour atteindre ces objectifs en assurant une formation et une spécialisation dans certaines branches spécifiques de droit :

La propriété intellectuelle.

Droit de commerce.

Droit de l’art et de la mode.

Les contrats et consultations en ligne etc….

 

Quelles ont été les étapes les plus importantes de votre vie personnelle ?

L’étape la plus importante a été lorsque j’ai réalisé qu’après toute cette course, je dirais même bataille dans mon travail pour obtenir toujours et encore les meilleurs résultats, je n’avais plus de place pour moi-même, cela a été une formidable prise de conscience qui m’a poussée à réaliser un beau chemin spirituel initié par le soufisme qui a convergé sur toutes les sagesses du monde avec une pratique de la méditation, du recueillement, du don de soi et du partage dans la joie.

 

Vous évoluez dans un milieu d’hommes, ont-ils été pour vous un moteur ou plutôt un frein ?

Les hommes ont toujours été un moteur pour moi, qu’il s’agisse de ma propre famille : mon père, mon grand père, mon mari et mes frères, ils ont contribué à mon indépendance et mon ouverture d’esprit et certaines réussites de mes confrères ont servi de modèle pour moi.

 

Quelles sont les personnes qui vous inspirent ?

Je suis partagée entre l’action et l’attention : je suis inspirée à la fois par les personnes battantes, innovantes qui relèvent les défis, tel que Gisèle Halimi, Simone Weil, les grands ténors du barreau Maître Teber, Maître Naciri Mohamed, Maître Andaloussi ainsi que Maître Verges, que par la sagesse, le prophète MOHAMED (SAWS), Boudha, Jésus, Moise, Ibn Arabi, Jallal Dine Rumi.

 

Depuis vos débuts, comment avez-vous vu évoluer le milieu juridique au Maroc ?

J’ai assisté sans doute à la modernisation du système judiciaire au Maroc et son adaptation aux changements internes dans l’environnement politique, économique et social.

J’ai assisté à la mise en place et à l’organisation de la profession libérale d’huissier en 1980, ce qui nous permis de ne pas rester à la merci des agents judiciaires (fonctionnaires de l’état).

En 1991, il y a eu la création des Tribunaux Administratifs, enfin une possibilité entre autre de contrecarrer tous les abus de pouvoir de l’administration.

En 1997, il y a eu la création des Tribunaux de Commerce  et des Cours d’Appel de Commerce qui sont devenus une nécessité absolue compte tenu du développement économique.

En 2003, la création du Tribunal de la Famille conséquent à la nouvelle Moudaouana adoptée en 2000, qui a constitué un espace spécifique pour consacrer les Droits de la Femme et de la Famille.

 

Qu’est ce qui a le plus changé dans votre façon de mener à bien vos projets ?

Comme je vous l’ai dis une adaptation constante aux circonstances et aux nouvelles données.

Egalement offrir une structure extrêmement bien organisée pour répondre à des demandes de plus en plus ciblées.

Adopter une stratégie basée sur la compétence et la transparence avec nos relations de travail.

 

Si vous deviez donner un conseil aux générations suivantes de jeunes femmes que diriez-vous ?

Vivez passionnément le métier que vous avez choisi, mettez toute votre énergie soit votre 100%  dans son accomplissement, mais gardez votre intégrité.

Le métier d’avocat est passionnant, il s’agit d’un sacerdoce qui demande beaucoup d’écoute, de générosité et de don de soi et qui apporte d’énormes satisfactions sur le plan humain.

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