Rita El Kadiri

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?

Je suis marocaine. Je suis née à Casablanca et j’y vis actuellement. Les seules fois où j’ai quitté ma ville natale c’était pour aller faire des études et pour une courte expérience professionnelle à Rabat.

 

Quelles études avez-vous suivies et pourquoi ce choix d’études ?

Je ne sais pas si on peut qualifier cela de choix car ce n’est qu’à mon 3ème diplôme que j’étais vraiment sûre de ce que je voulais faire.

Après avoir passé mon BAC à Lyautey, j’ai décidé de ne pas partir en France comme la plupart de mes camarades. Mes parents souhaitaient que je ne sois pas trop loin et idéalement avec ma sœur qui était déjà à Bordeaux.

A l’encontre de tous, j’ai décidé de poursuivre mes études post-bac aux Etats-Unis. C’était un système qui me faisait plus rêver et j’étais prête à faire le chantage de ne pas faire d’études si on ne me laissait pas aller où je voulais.

J’ai fini par gagner et après une courte préparation en langues, j’ai pris le départ pour Atlanta en Mars 2001. Je suis restée avec mon frère quelques mois avant de commencer ma Summer Session à l’Université de Caroline du Sud à Columbia en Business School. Pourquoi ce choix ? tout simplement car c’était l’Université que mon frère avait fréquentée. Ce passage à USC était mémorable car je me rappelle que j’avais pris le maximum de classes possibles – normalement tout le monde prend et surtout la première année autour de 12 crédits, l’équivalent de 4 matières. Moi, j’en avais pris 21 d’un coup et je n’avais eu que des A, ce qui m’a valu un diplôme d’Academic Achievement par le Doyen de la School of Business.

Ceci dit, l’Université n’était pas impressionnante et il y avait très peu d’opportunités d’emploi pour les étudiants internationaux. Il faisait froid…la ville ne me plaisait pas et surtout ne représentait pas la vision que j’avais du grand campus universitaire américain. J’ai donc décidé de postuler ailleurs sans en parler à qui que ce soit.  Mon choix s’était porté sur l’Université du Texas à Austin. Vous l’aurez deviné, il faisait plus beau (sourires).

La vraie raison c’est que c’était une université bien mieux quotée et moins chère. Je me suis spécialisée alors en Economie et Finance et j’ai obtenu mon Bachelor en 2004 après seulement 3 ans !

Après une courte expérience au Maroc, j’ai décidé de poursuivre mes études. L’entreprise privée marocaine n’était pas pour moi.  J’ai donc décidé de me spécialiser cette fois-ci en Affaires Publiques, toujours à Austin.

Enfin en décembre 2010, après avoir passé 5 ans au Maroc, j’ai arrêté de travailler pour des raisons de santé.  Ayant eu beaucoup de temps de libre malgré mon implication continue dans l’associatif, j’ai décidé de tenter mon rêve : Harvard. J’ai postulé au Master of Public Education and International Education Policy et voilà que qui ne tente rien n’a rien ; j’ai été acceptée. Je me rappelle avoir eu la bonne nouvelle le 8 mars 2011 pour commencer en août 2011.

Harvard a changé ma vie et qui sait j’y reviendrai peut-être pour mon doctorat inchallah.

 

Racontez-nous votre rêve d’intégrer Harvard et comment vous avez réussi à le réaliser

Mon rêve d’intégrer Harvard vient curieusement de mon enfance. Je ne sais pas comment il s’était ancré en moi mais en tout cas j’en rêvais depuis toute jeune. Je pense d’ailleurs que le film « Le Cercle Des Poètes Disparus » y est pour quelque chose ; on m’a dit plus tard que le film n’était pas filmé à Harvard mais je me rappelle encore des passages qui montraient le campus universitaire avec une architecture très particulière.

Alors comment passer du rêve à la réalité ? Je pense qu’il y a de la chance mais aussi beaucoup de travail et de préparation. La chance c’est parce que toutes les personnes qui postulent ont des profils exceptionnels et qu’il faut un peu de chance aussi dans tout ça.

L’autre partie c’est un parcours intéressant qui montre de la persévérance, de l’engagement mais aussi qui se distingue d’une manière ou d’une autre. Il faut aussi beaucoup de motivation car le processus n’est pas simple. Je me rappelle que j’appelais souvent pour poser des questions, je participais aux sessions d’information à 2 h du matin heure marocaine …

Donc la formule selon mon expérience, un bon parcours solide, de l’engagement, de la persévérance et beaucoup de motivation.

 

D’où vous vient votre intérêt pour le social en général et l’éducation en particulier ?

Mon intérêt pour le social m’est venu certainement de mon père Ahmed El Kadiri. C’est un homme engagé et qui a toujours été au service de notre cher pays. Il m’a impliqué très jeune dans des évènements sociaux, m’a présenté à des acteurs sociaux très engagés qui m’ont embarqué avec eux dans la passion d’aider l’autre. Je pense d’ailleurs à Monsieur Boubker Mazoz, un de mes mentors, qui m’a impliquée dans plusieurs associations très jeune, notamment IDMAJ à Sidi Moumen, Sistercities Africa,…

Mon amour du travail me vient de ma maman, une femme formidable qui m’a appris l’endurance, la persévérance et la droiture.

Un grand merci d’ailleurs à mes parents pour m’avoir inculqué la générosité, l’empathie et l’amour de l’autre sans lesquels je ne serais pas la personne engagée et passionnée que je suis aujourd’hui.

 

Comment vous est venue d’idée de fonder votre première association ?

La première association que j’ai fondée s’appelle Youth for Human Rights Morocco qui faisait partie d’un réseau YHR International qui se spécialisait dans la sensibilisation des jeunes aux droits humains.

J’avoue que lors de la présentation à Casablanca par la Présidente internationale, j’ai été charmée. Je ne me suis pas posée trop de questions. Très vite j’étais déjà dans la constitution du dossier pour ouvrir le chapitre au Maroc.

J’ai présidé l’association pendant 3 ans et nous avons, avec une toute petite équipe et beaucoup de bénévoles, mené des actions au niveau de plusieurs écoles publiques au Maroc.

J’ai aussi eu l’honneur de représenter le Maroc au congrès international des droits humains à New York, Los Angeles et Genève.

 

Vous avez travaillé à la Banque Mondiale à Washington, pourquoi être rentrée au Maroc ?

Oui en effet, j’ai fait un cours passage à la Banque Mondiale à Washington DC. C’était ma première expérience après l’obtention de mon diplôme à Harvard.

J’ai intégré le département Education MENA et j’étais en charge de recherche sur des projets dans la région.

Mon intégration à la BM a aussi coïncidé avec la naissance de ma fille, May.

Là tout a basculé – bien sûr positivement. Je ne me voyais pas faire ma carrière aux Etats Unis, loin de ma famille et surtout je pensais vraiment que ma fille aurait un environnement plus riche au Maroc, qu’elle parlera l’arabe, le français et l’anglais ; qu’elle passerait du temps avec ses grands-parents…

En même temps, j’étais convaincue que je pouvais m’épanouir professionnellement au Maroc et surtout contribuer modestement à des projets de mon pays. Je n’avais pas tort. Je suis très heureuse à la Fondation Zakoura et mon travail donne du sens à ma vie !

 

Comment avez-vous intégré la Fondation Zakoura ? Quels sont vos domaines de prédilection et les actions de la Fondation ?

J’ai intégré la Fondation Zakoura en 2013, à peu près un an après mon retour au Maroc. A vrai dire, lorsque je venais à peine de rentrer j’avais postulé à la Fondation qui cherchait une Directrice Générale. Malheureusement, j’étais arrivée un peu en retard et ils avaient déjà procédé au recrutement. Déterminée à intégrer le cercle associatif, j’ai occupé le poste de Directrice des Programmes à Injaz Al Maghrib.

Quelques mois après, j’ai eu le plaisir de travailler en tant que bénévole à la préparation du colloque Le Chemin De la Réussite avec un comité de personnes engagées. Ce colloque avait pour objectif la formulation de recommandations pour réussir la réforme en Education et a regroupé des intervenants nationaux et internationaux.

Lors d’une réunion de travail un samedi, j’ai appris par hasard que le poste de Directrice Générale à la Fondation Zakoura était de nouveau à pourvoir. J’ai postulé, j’ai passé mon entretien avec 2 membres du CA ; j’étais la dernière après 13 candidats et j’ai été retenue. Depuis, la Fondation Zakoura est ma seconde maison. Je suis passionnée et très fière des actions au profit des communautés rurales que nous arrivons à mettre en place grâce à des équipes formidables.

Pour rappel, la Fondation Zakoura offre une éducation aux enfants, jeunes et femmes des zones rurales. Notre programme phare est l’Action Nationale de la petite Enfance en zone Rurale (ANEER) qui vise la création de 500 écoles préscolaires. Récemment, nous avons lancé le programme Preschool Heroes 75 qui permet à 75 amis de créer une école de préscolaire en zone rurale en cotisant à hauteur de 2000dhs par an pendant 2 ans.

 

Que pensez-vous du système éducatif marocain ?

Je pense que le système éducatif marocain a beaucoup de potentiel. Nous sommes capables d’excellence et nous devons y arriver très rapidement pour ne pas sacrifier plus de générations. Je pense aussi fortement que nous devons avoir une politique volontariste très pointue pour réussir à améliorer notre système éducatif. Par ailleurs, il est aujourd’hui impératif d’agir pour l’éducation de la petite enfance notamment pour la généralisation du préscolaire.

 

Le fait d’être une femme active, engagée, et maman célibataire est-il plus difficile à vivre au Maroc qu’ailleurs ?

Sur le volet professionnel, la place de la femme est là et je ne me sens pas du tout menacée. Par contre, ce qui me manque par rapport à l’international c’est le civisme au quotidien. Là encore c’est une question d’éducation ! Le Maroc a de grands progrès à faire pour que nous puissions nous sentir en sécurité et pas menacées dans la rue.

 

Quel conseil donneriez-vous à notre jeunesse pour réussir notre Maroc de demain ?

Il faut y croire et continuer d’y croire et si vos rêves ne vous font pas peur c’est qu’ils ne sont pas assez grands, disait Lowell Lundstrom*.

 

 

 

*« If your dreams don’t scare you, there aren’t big enough »

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