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Mouna Fettou

Quelles sont vos origines et où vivez vous?

Je suis d’origine berbère, mon père est issu d’un village non loin d’Azrou nommé Timahdit, tandis que ma mère est de Errachidia. Je vis à Casablanca depuis 19 ans.

 

Votre activité d’aujourd’hui est-elle celle qui vous a toujours passionnée depuis votre jeunesse?

J’ai éprouvé très vite et ce, depuis ma petite enfance, une fascination pour le jeu. Ma passion pour la scène s’est exprimée tout le long de ma scolarité, et c’est avec une grande dévotion que je m’y suis dédiée. Je ne pouvais soupçonner, à l’époque, que cela allait jouer un rôle déterminant dans mon choix de carrière. Par la suite, les choses se sont faites naturellement. Au lycée, Majida Kirane, une répétitrice, m’a encouragée à prendre part à un atelier d’art dramatique professionnel. C’est ainsi que je suivais, le soir, parallélement à mes cours, des cours de théâtre avec la troupe du metteur en scène Abbas Brahim. Un acteur, comme un musicien, acquiert sa sensibilité grâce à l’entraînement et la répétition et ceci demande de la discipline. A l’âge de 18 ans, une grande opportunité m’a été offerte, j’ai eu l’honneur d’interpréter le rôle principal du premier long métrage de Abdelkader Lagtaä, « Un amour à Casablanca ». Sorti au Maroc en mai 1992, il a par la suite était projeté en Tunisie et en Algérie. Ma première expérience auprès d’un réalisateur de talent, diplômé de la prestigieuse École nationale de cinéma de Łódź en Pologne, m’a permis de comprendre, très vite, que le métier d’acteur représentait plus qu’une passion pour moi.

 

Avez vous été influencée sur votre vocation ? Si oui, par qui?

Les métiers de l’art sont rarement encouragés et ce, en raison du statut précaire de l’artiste. Mes parents, peu rassurés à l’idée de voir leur fille devenir comédienne, ont exprimé une certaine réticence que je leur concède aujourd’hui ; ils tenaient à ce que je poursuive mes études. Il a fallu que je fasse preuve de courage et de perséverance pour imposer mon choix de carrière. En me dirigeant vers le métier d’actrice, j’ai su que c’était la bonne décision. Après la sortie du film “Un amour à Casablanca” et le succès qui s’en est suivi, ils ont compris que j’avais toutes les raisons de poursuivre ma passion.

 

Quels sont les problèmes que vous avez rencontrés, durant votre jeunesse, qui vous semblent liés au fait d’être une jeune fille?

Je ne pense pas que les épreuves auxquelles nous sommes confrontés sont fonction du genre. C’est une question d’individu, de caractère, et d’aptitude à faire des choix. Face à une situation, il faut prendre le temps de s’interroger, et de rapidement proposer une solution. Ma détermination et ma ténacité m’ont conduite à assumer qui je suis et ce que je représente, c’est pour cette raison précise que mon sexe ne m’a jamais conditionnée.

 

A quel moment de votre vie avez-vous compris que vous étiez une femme indépendante et que vous vouliez vivre en tant que telle?

L’indépendance a toujours été un leitmotiv pour moi et s’est illustrée par mes choix de carrière, mon positionnement dans le milieu de la scène artistique, et de façon plus générale, dans ma ligne de conduite. Néanmoins, cela s’est réellement concrétisé lorsque j’ai pu devenir indépendante financièrement ; de là, je pouvais non seulement imposer mon leitmotiv, mais aussi le construire de façon durable.

 

Quels ont été vos modèles?

Parmi les personnes qui m’inspirent le plus, il y a le roi Mohammed VI. Acteur de premier plan de la vie culturelle marocaine, Mohammed VI finance plusieurs actions culturelles de ses fonds propres au Maroc mais aussi à l’étranger. Sa sollicitude et sa générosité ont porté et encouragé nombre d’artistes marocains. J’ai eu la chance de le rencontrer à l’occasion de la première campagne de la Fondation Mohammed VI pour la solidarité et la lutte contre la pauvreté en 1999. Il représente un modèle pour moi car il est non seulement garant de la stabilité du royaume, mais aussi un exemple d’intelligence et d’ouverture. Dans le milieu de l’art, je citerai sans hésitation Faten Hamama. Icône féminine, actrice de talent, elle a enrichi l’art dramatique par son génie créateur ; elle portait en elle, avec humilité, les richesses du monde arabe. Il y’a aussi Meryl Streep, qui m’a marquée par son sens du raffinement, son jeu tout en finesse et son engagement pour la cause féminine. Enfin, et non des moindres, je citerai ma mère, une femme exemplaire, un véritable modèle de courage qui reste pour moi une source inépuisable d’inspiration.

 

Quels sont les hommes qui ont été présents dans votre vie ?

Il y a d’abord mon père. De part les responsabilités liées au métier de commissaire de police qu’il exerçait, celui-ci était très souvent absent, amené à effectuer des déplacements. Paradoxalement, son esprit et sa rigueur régnaient dans la maison. La posture du père faisait qu’on le craignait. Par la suite, lorsqu’il a changé de métier pour devenir antiquaire, il devenait très présent dans nos vies. Nous avons tous été surpris par son caractère conciliant et compréhensif ; à commencer par moi, lorsqu’il a accepté mon aspiration au jeu. Il s’est d’ailleurs porté volontaire pour être mon tuteur légal lors de la signature du contrat de “Un amour à Casablanca”. J’étais agréablement surprise qu’il ait accepté après la lecture du scénario. Il y a aussi mon ex-mari Saad Chraïbi, qui m’a encouragée à mes débuts à aller de l’avant, seulement, la divergence de nos perspectives et de nos visions a conduit à la séparation, il a fallu tourner la page. Cette épreuve m’a permis de gagner en assurance et d’assumer mes valeurs, mes actions, qu’elles qu’en soient les conséquences.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets?

Mon premier rôle dans le cinéma m’a beaucoup marquée. Le film avait fait polémique à l’époque parce qu’il traitait d’une histoire presque incestueuse d’amour croisé. Pour “A la recherche du mari de ma femme” de Mohammed Abderrahmane Tazi, nous étions tous portés par l’émotion qui nous liait, ce qui s’est tout de suite ressenti à l’image. Parmi les rôles que j’ai pu interpréter, le personnage qui m’a le plus marquée est celui de “Jaouhara Bent El Habss” de Saad Chraïbi. J’incarnais une militante politique qui a été emprisonnée au cours des années de plomb au Maroc. A travers son œil juvénile, Jaouhara racontait les horreurs de la vie carcérale. Récemment, j’ai eu l’occasion de m’essayer à un nouvel exercice, celui de l’animation. J’ai piloté un talk-show sur le Grand Maghreb sur Medi1 TV qui fut un succès.

 

Depuis vos débuts qu’est ce qui a le plus changé dans votre façon d’appréhender votre métier?

Je pense que c’est une chance d’être actrice ou comédienne. En 25 ans de carrière j’ai appris énormément de choses de par le caractère surprenant de ce métier. On rencontre du monde, on voyage, on découvre des cultures. Ce qui fait qu’on grandit plus vite. J’ai aussi acquis de la maturité et de la lucidité par rapport au mythe de ce métier. On vit dans un pays où l’espace de représentation artistique n’est que très peu développé. Financièrement, la rudesse des conditions de vie des artistes complexifie le rapport au métier d’artiste. Les salaires sont précaires et en déphasage avec la réalité. Au début de ma carrière je ne faisais pas de compromis, je refusais de façon systématique les projets télévisuels, j’étais, de façon radicale, pour un art engagé. Avec le temps, l’expérience nous apprend qu’il est important de faire preuve de flexibilité du fait de la pauvreté du marché. Pour continuer de vivre de mon métier, il a fallu que j’accepte de fonctionner autrement. Au final, tout est une question d’équilibre et de concessions.

 

Quels sont les champs susceptibles de vous intéresser et que vous navez pas encore exploré ?

Je n’ai jamais vraiment pensé à explorer d’autres champs de travail, l’esprit d’entreprenariat ne colle pas avec ma personnalité. Quand j’ai décidé de me dévouer au jeu, c’était une décision irrévocable. A mon sens, on ne peut pas faire deux choses à la fois. A force de vouloir faire beaucoup de choses, on finit par ne pas faire grand-chose. Ceci-dit, si je devais choisir une autre discipline à explorer cela serait la danse orientale. C’est une passion pour moi, j’ouvrirais un atelier de danse orientale, pourquoi pas ?

 

Si vous deviez collaborer avec des femmes d’autres disciplines, ce serait lesquelles ?

Je suis admirative des femmes qui travaillent dans l’associatif, comme Aicha Ech-Chenna, fondatrice et présidente de l’association Solidarité Féminine qui œuvre, depuis plus de 30 ans, à la réhabilitation et la réinsertion des mères célibataires. Elle est un modèle pour moi.
Si vous deviez donner un conseil aux générations suivantes de jeunes femmes que diriez-vous ?

Je leur dirais de croire en leurs rêves. L’important n’est pas la réussite en elle même, c’est le chemin que l’on emprunte pour l’atteindre. J’ai cru en moi et j’y suis arrivée. Si l’occasion se présentait et que je pouvais revenir en arrière je referais exactement la même chose, sans aucune hésitation.

 

Donnez nous 3 livres à lire.

« Soufi mon amour » de Elif Shafak, un excellent moment de lecture que je ne cesserai de recommander. A travers le personnage d’Ella, mère au foyer âgée de 40 ans, l’auteur nous transporte dans un voyage romancé autour du soufisme, courant mystique de l’Islam. Elif nous raconte la magie irrésistibles de deux rencontres, se cristallisant dans un parcours initiatique inédit. Il y’a aussi « De l’amour » de Stendhal, et « le parfum » de Patrick Suskin.

 

Et au cinéma ?

Le cinéma italien est pour moi une grande source d’inspiration. Les italiens savent architecturer l’émotion et nous ressemblent par leur esprit méditerranéen. Je citerai le cinéaste américain Woody Allen, le plus prolifique de son temps, qui ne cesse de me surprendre par son réalisme et sa maitrise des détails. Pour finir, si je ne devais retenir qu’un seul film, ça serait le Parrain, un chef d’œuvre que le génie de Martin Scorcèse a rendu intemporel.

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