M.Jazouli

Meryem Jazouli

Quand on passe au crible votre parcours, on comprend de facto que la danse est avant tout une passion, une expression. Pouvez-vous nous parler de vos débuts ?

En 1987, j’ai intégré une école de danse à Paris. J’ai passé des diplômes d’Etat en danse contemporaine et Jazz. J’ai fait une formation en modern Jazz aussi. Par la suite j’ai intégré plusieurs compagnies de danse, enseigné dans des conservatoires, des maisons de jeunes et au bout de onze années, j’ai décidé de rentrer au Maroc.

 

Est ce que vous pouvez nous parler de votre expérience en tant qu’enseignante ?

A l’époque c’était le seul moyen de gagner sa vie de manière stable et constante. Parce que les cachets en tant que danseuse étaient assez aléatoires et irréguliers et je ne pouvais pas compter dessus pour vivre en toute indépendance. Après mes études, il fallait que je sois autonome. Mais c’était aussi une envie, parce que l’enseignement était plus développé que la scène de la performance. J’avais un rythme de vie rodé : le matin j’avais cours, l’après midi répétions avec les compagnies et le soir j’enseignais. C’était de manière générale le programme d’un danseur ou danseuse. C’est un rythme intense mais on était jeune, l’énergie y était.

 

En 1995, vous décidez de vous réinstaller au Maroc, pourquoi revenir ?

Le choix de revenir au Maroc était une issue logique dans mon parcours, mais j’avoue que ce n’était pas facile. Et de manière caricaturale, je dirais même que c’était la descente aux enfers. Je suis arrivée à une époque où il n’y avait quasiment pas de danse au Maroc, à part Lahsen Zinoune qui faisait plutôt de l’enseignement privé. De plus, je suis passée d’un milieu artistique foisonnant à Paris, où la scène de la danse était active, où il y avait une communauté de danseurs, plusieurs spectacles par semaine, à rien. Le contraste était grand. Au début j’ai collaboré avec Lahsen Zinoune mais c’était de la danse classique (que j’ai toujours fuie) et j’ai enseigné aussi. Quelques temps plus tard, je suis allée voir l’ancien directeur de l’Institut Français de Casablanca pour essayer de trouver une solution à cette vacuité ambiante. L’idée était de créer une dynamique et un projet autour de la danse. On a eu l’idée de créer un collectif de danse avec la chorégraphe franco-malienne Fatou Traoré. On était huit danseuses et danseurs venus d’un peu partout du Maroc à travailler sur un projet de création. Nous avons travaillé un an de manière sporadique. Et on a fini par présenter le spectacle à la cathédrale Sacré-Coeur de Casablanca. C’est à ce moment là que j’ai décidé de me consacrer à la création plutôt que l’enseignement privé. Je n’avais plus envie d’intervenir dans des cadres où la danse était considérée comme loisir. Je me suis rapprochée de la compagnie “Anania”. J’ai commencé par créer mes propres spectacles.

 

Est ce que vous présentiez vos spectacles au Maroc ou à l’Etranger ?

A part à l’Institut Français, pratiquement toutes mes créations étaient présentées à l’Etranger. La plateforme du festival de danse “On marche” (créée en 2005, ndlr) a permis à ce que mes travaux -et ceux d’autres chorégraphes- soient vus par des professionnels et par la suite diffusés.

 

Vous avez décidé de créer l’espace de danse contemporaine Darja en 2011. Est ce que vous pouvez nous parler de la genèse de ce projet ?

J’avais l’envie de créer un endroit avec une ligne artistique directrice. Un espace qui ouvrirait les champs de l’expérimentation, de la recherche, de la rencontre avec des danseurs venus de différents horizons et de la transmission avec les jeunes danseurs. En somme un espace de danse contemporaine avec des possibilités d’écritures artistiques variées et pointues.

 

Pourquoi vous avez eu l’envie d’entreprendre dans l’univers de la création chorégraphique ?

Dans mon parcours, j’ai été impliquée dans beaucoup de projets qui tendaient vers un objectif central, celui de créer dans un champ de résidences. Au moment de la création de Darja, c’était évident pour moi d’aller dans sens. A savoir créer un espace où on pouvait apprendre, se rencontrer, penser ensemble, partager, échanger…Que ça soit un vivier de danse contemporaine. Mon parcours m’a permis de rencontrer des gens intéressants et j’ai essayé de les faire venir au Maroc pour construire des choses ensemble. Il fallait trouver des sponsors et mécènes pour créer et faire vivre l’espace.

 

Quelles sont les entraves auxquelles vous avez fait face au cours de de la création de Darja en particulier et dans votre parcours en général ?

Entre la gestion de l’espace et mon travail de chorégraphe danseuse, ce n’est pas facile. J’essaie de concilier les deux mais ma priorité va à l’Espace Darja. Gérer un espace demande énormément de travail et une implication implacable. Cela nécessite beaucoup de moyens aussi: les frais de fonctionnement, la gestion des résidences, les frais des projets artistiques… Parfois je me dis que ce n’est pas vraiment le travail d’un artiste d’être sur tous les fronts. En même temps et bien que travaillant avec pas beaucoup de moyens, on a réussi avec Darja à créer une dynamique.
Depuis l’ouverture de Darja, une plateforme de danse a été créée : de plus en plus de jeunes participent aux ateliers, ils se tournent aussi de plus en plus vers la danse contemporaine.Des danseurs de renommée et d’un peu partout dans le monde y performent.

 

Estimez vous qu’il y a une différence de traitement de la femme et de l’homme dans le monde de la danse contemporaine ?

Absolument pas, c’est un milieu où les femmes et les hommes sont en contact très proche, à la différence de la danse classique où les rôles sont distribués selon le genre. En danse contemporaine il n’y a pas de distinction entre hommes et femmes. Il est vrai que j’ai entendu des petites phrases sexistes mais c’est toujours sur le ton de l’humour.

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