Maguy Kakon

Quelles sont vos origines ? Où vivez vous ?

Native de Marrakech où j’ai vécu jusqu’à mon baccalauréat. C’est pour moi une grande chance d’être née dans cette cité jardin au coucher de soleil à nul autre pareil, où la solidarité et la fraternité étaient inhérentes à tous, les communautés juives et musulmanes vivaient côte à côte dans le respect mutuel.
Mes origines familiales sont à 100% berbères du côté paternel: région de l’Oued Draa, Agdz précisément où mes aïeuls ont leur sépulture, qui est respectée à ce jour par tous les riverains et en sont soucieux.
Côté maternel : Essaouira, mais aussi berbère du côté de Aglou. Ces origines sont gravées dans mon ADN, je leur dois mon intransigeance et ma pugnacité .
Je réside à Casablanca depuis mon union avec feu Aimé Kakon, architecte urbaniste et plasticien, je suis la maman de Laura, William, David et Nathan.
 
Quels sont vos diplômes et est ce qu’ils vous aident dans votre vie d’aujourd’hui ?

Je suis graphologue de formation, j’ai entrepris des études de droit qui m’ont conduite à faire du conseil foncier. Toutes les études structurent  et enrichissent

 

Quel a été votre premier job ?

Mon premier emploi a été un remplacement de professeur de français en classe de 6ème, ce passage a fait de moi une remueuse d’idées, le déclencheur de mon engagement acharné pour favoriser la scolarisation en milieu rural, le constat de l’importance de l’éducation pour aider nos jeunes à entrevoir un avenir meilleur ; l’éducation est et restera l’ascenseur social.
 
Comment en êtes vous arrivée à vous intéresser à la politique ? Quels ont été vos combats durant cette période ?

C’est mon engagement très tôt (1976) dans la société civile qui m’a poussée vers le politique pour mieux se faire entendre, ce fut une fabuleuse expérience en 2007 et 2011, j’ai relaté ma participation aux législatives de 2007 dans un livre : Journal de campagne, où j’ai décris ces 15 jours de campagne, d’abord d’être la première femme…. juive participante en tant que tête de liste de la liste nationale de mon parti : le Parti du centre social, en m’engageant je ne savais pas que ma judaïté passait devant ma citoyenneté , car participer n’était qu’un geste citoyen normal dans la lignée de mes engagements dans la société civile, d’autant plus que l’ambiance politique était bien disposée à la participation féminine.

Ce fut un tsunami médiatique sur ma personne, j’ai parcouru tout le pays du nord au sud et d’est en ouest, j’ai rencontré des personnes sensibles à mon engagement, d’autres réticentes , mon constat fut que la majorité des jeunes ne connaissaient rien de la présence juive au Maroc, il a fallu expliquer, dialoguer, lever les amalgames, mais ils n’étaient pas fautifs , les éducateurs et les manuels scolaires ont fait l’impasse sur ce pan de l’histoire, tous les historiens ont eu une amnésie volontaire, et je tiens ici à remercier notre Souverain, Sa Majesté Mohammed Vl, de nous avoir constitutionnalisés en 2011, et de rappeler dans la Lettre Royale du 13 février 2013 que nous étions  » l’un des affluents séculaires de l’identité nationale ». Nous sommes tous fiers d’être l’unique communauté juive vivant normalement dans un pays musulman.
Avec 100.000 voix en 2011, à cause des calculs de proportionnelles, je n’ai pas pu accéder au Parlement, ma satisfaction est d’avoir incité plus d’une à s’engager politiquement et toutes sont un relais non négligeable de mon combat pour la scolarisation et pour l’écoute des mères qui sont la clé de voûte de notre société .
 
Vous avez commencé à écrire très tôt et vous avez aujourd’hui plusieurs livres à votre actif, qu’est ce qui vous a conduite à l’écriture ?

L’écriture  est le moyen majeur pour graver et transmettre un savoir, une histoire, un vécu, afin qu’il échappe à l’usure du temps et qu’il soit une référence.
« Rien ne vient de rien ».

Je me suis intéressée très tôt à l’art culinaire juif, j’en ai fait un livre en 1996: La cuisine juive du Maroc de mère en fille…., au delà des recettes, c’est l’histoire d’un art de vivre d’une communauté , ses rituels, les pèlerinages , la mimouna….

Je viens de finir un livre : L’Oriental Marocain, des siècles d’art culinaire juif.

C’est l’histoire de l’Oriental à travers le prisme culinaire, cette région est un véritable carrefour civilisationnel: l’Algérie voisine, la présence française, ottomane,  les expulsés d’Andalousie, les berbères, toutes ces influences ont dotées cette région d’un savoir faire particulier, doublée de cette extraordinaire convivialité inhérente à la mentalité marocaine.
 

La société civile vous a toujours intéressée, pouvez vous nous parler des actions que vous avez entreprises dans ce sens ?

La société civile est déjà une force politique, aujourd’hui les urgences sont telles que les idéologies s’effondrent et nous sommes dépassés par les problèmes sociétaux qui sont mondiaux: la jeunesse est en souffrance, les diplômes inadéquats, la formation professionnelle etc …
Ma contribution majeure a été de fonder Corps Africa Maroc, association qui a pour but de développer le bénévolat auprès de jeunes fraîchement diplômés pour venir en aide dans des régions enclavées ( assistance scolaire, civisme, hygiène….).

 

 

Vous vivez entre Casablanca, Paris et Miami, pourquoi le choix de ces 3 villes en particuliers ?

Je me définis comme citoyenne du monde, on a besoin de tous les horizons pour se construire, je réside principalement à Casablanca où je continue mes multiples activités, surtout de lobbyist.
J’adore la culture et Paris en est l’épicentre, mais aussi pour voir et y balader mes petits enfants dans les jardins du Luxembourg.
Idem pour Miami, nouveau centre de l’Art et profiter de mes fils qui y vivent.

L’art et la culture seront les nouvelles passerelles fédératrices, nous avons la chance d’avoir des jeunes doués, il faut leur donner les moyens de se réaliser.

 

Quel conseil donneriez vous aux jeunes qui lisent votre interview ?

Mon conseil à cette jeunesse que je chéris tant, je l’emprunte au poète espagnol Machado: « le chemin se construit en marchant », cette marche est ardue mais ne jamais s’attarder sur ses bobos, résister même en cas d’échec, l’effort et l’acharnement sont les moteurs de l’épanouissement et donc de la réussite.
« Quoique tu rêves d’entreprendre, commence le, l’audace a du génie, du pouvoir, de la magie » Goethe.

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