Loubna Mouna

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?

Je suis née à Marrakech et j’ai grandi à Agadir mais mes origines sont d’un petit village situé au pied du grand atlas non loin de Ouarzazate et qui s’appelle Ait Ben Haddou. Je vis actuellement à Casablanca qui est devenue ma ville d’adoption et de coeur.
 
Vous êtes une des premières femmes commandant de bord au Maroc, comment vous est venu la passion de « voler » ?

C’est plus qu’une passion pour moi : c’est une évidence ! Enfant je ne pensais absolument pas ce métier ouvert aux femmes. Je ne l’est su qu’après avoir intégrer les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs et à partir de ce moment-là je n’ai plus eu que cette envie : piloter !!
 
Vos parents étaient-ils d’accord avec ce choix ?

Absolument pas ! Mes parents étaient farouchement opposés à cette idée. Pour eux, il leur semblait totalement incompatible avec une vie d’épouse, de maman et puis surtout je contrariais les plans de mon père qui voulait que je devienne ingénieur comme lui pour reprendre le flambeau de l’entreprise familiale. Ce fût extrêmement compliqué de les convaincre et à dire vrai je ne leur ai pas laissé le choix.
 
A quel moment avez vous commencé à vous intéresser au social ?

Très jeune, j’ai vite compris que chacun de nous, à sa petite échelle, pouvait influer de manière positive sur son environnement. Que nous pouvions tous,  à travers le travail associatif apporter une aide réelle à des personnes qui dans un moment donné de leur vie avaient besoin d’une main tendue.
 
Racontez nous votre expérience au sein de l’orphelinat de Sidi Bernoussi et ce que les enfants de cet orphelinat vous ont appris ?

Ce fût l’une des expériences humaines les plus fortes que je n’ai  jamais vécu. Tout d’abord : les enfants ! Ces centaines de petits qui ne demandaient qu’une chose : qu’on les aime et qu’on les regarde pour qu’ils puissent tout simplement être et grandir ! Ensuite ces éducateurs qui, bien que ne disposant que de très peu, se battaient tous les jours pour aider ces enfants et ensuite la générosité des bénévoles qui allaient au-delà des préjugés sociaux ou religieux pour venir en aide. Cette expérience m’a redonné foi en l’humain.
 
Quelles sont les actions de l’association Aït Aissa pour le village Aït Ben Haddou ?

L’association Ait Aissa dont je suis membre aujourd’hui a un objectif : permettre aux habitants du village d’Ait Ben Haddou d’acquérir  les compétences nécessaires pour travailler et vivre dignement. Et pour notre association, il y a un seul maître mot : s’enraciner dans qui nous sommes, ce que nous savons faire, ce que nous ont laissé nos ancêtres pour pouvoir inventer ensemble un demain pour tous.
 
Quels sont les avantages que vous a procuré votre métier ?

Une immense liberté, à la fin de chaque vol ma mission est terminée et je ne ramène pas les soucis du travail avec moi à la maison. Ensuite et c’est le côté le plus agréable du métier : une immense ouverture vers le monde et vers les autres. J’ai beaucoup voyagé, en emmenant  mes enfants avec moi chaque fois que c’était possible et cela nous a tous  énormément enrichi sur le plan humain.
 
Qu’est ce que le social vous apporte dans votre vie ?

Du sens ! Lorsqu’on s’implique au quotidien au plus près des autres, on sort des simples préoccupations de boulot-maison-dodo. Non pas que cela n’ait pas de sens mais cela nous fait rentrer dans une routine qui nous fait perdre conscience à quel point la vie est précieuse et fragile.  Quand on s’intéresse à l’autre, on entre dans une véritable interaction avec son environnement, les problèmes et l’évolution de la société dans sa globalité, et surtout on arrive à agir de manière utile et totalement dénuée d’intérêt purement matériel pour améliorer le quotidien de nos semblables.
 
Maman de 3 enfants et femme d’un commandant de bord également, comment réussissez vous à allier votre carrière et votre engagement avec votre rôle de mère et d’épouse ?

Je ne me pose pas trop de questions ! Je fais. Et je dois dire qu’on y arrive sans énormément de difficulté en ayant un zeste d’organisation et surtout beaucoup d’indulgence vis à vis de nous et des autres. Nul n’est parfait !
 
Quel conseil donneriez vous à la jeunesse marocaine d’aujourd’hui pour réussir dans le futur? 

Osez ! Allez au bout de vos rêves ! La vie est trop courte pour qu’on se prenne la tête dans des questionnements sans fin. L’avenir se chargera de nous dire si on a raison ou pas, mais si on n’ose rien on ne le saura jamais…

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