Ilham Berdai

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?

J’ai grandi à Kenitra où papa s’est installé en 1974. Kénitra est une petite ville où on vivait comme dans une grande famille. Tout le monde connaissait tout le monde. A l’école Honoré de Balzac, on avait une classe par niveau ; donc les mêmes élèves de la petite section à la troisième. Puis en seconde, j’ai fait la navette entre Kénitra et Rabat, où je me suis installée pour mes études de médecine en 1995. Après ma soutenance, j’ai suivi mon mari à Casablanca où j’ai fait ma spécialité. Depuis, je suis tombée amoureuse de cette ville et y suis restée.

 
Pourquoi avoir choisi la médecine en général et la Rhumatologie en particulier ?

Au départ, je voulais être chirurgien comme papa, mais connaissant mon caractère, il m’a conseillé de faire une spécialité médicale. J’ai donc opté pour l’hémato-oncologie. Je rêvais de sauver des vies. J’ai fait la moitié de la spécialité. Deux ans, pendant lesquels j’ai appris la vie. Deux années très compliquées pour moi. Mes chefs me disaient que je m’y ferais, que tout le monde passait par des moments difficiles au cours de spécialités pareilles. J’aimais ce que je faisais, j’étais attachée à mon équipe extraordinaire mais je ne vivais plus (surtout aux dires de mon entourage). J’étais partagée entre rester et changer. Puis un jour, j’ai appelé une de mes patientes, plusieurs mois après sa sortie. Au bruit de fond et à la voix de mon interlocutrice, j’ai compris qu’elle était partie (paix à son âme). Ce jour-là, j’ai décidé de changer. Je ne savais pas gérer ma spécialité. Je suis allée en discuter avec une Dame extraordinaire, Feue Professeur Benchemsi, elle a très vite compris que le changement s’imposait malgré mon amour pour la spécialité.
Je suis donc allée vers la rhumatologie, qui m’a rapidement passionnée. Il ne pouvait pas en être autrement avec Professeur Mkinsi.

 
Comment a commencé votre aventure dans le social ?

Je pense qu’elle a commencé de façon inconsciente très tôt. C’est plus une passion qu’une aventure. Nous habitions à l’hôpital El Idrissi de Kénitra pendant ma petite enfance. J’ai passé beaucoup de temps avec mon papa dans cet hôpital, à côtoyer les patients, et je suis convaincue que certaines passions naissent très tôt. Au cours de mes études de médecine, je me souviens que mes amies me disaient que j’avais un contact particulier avec les patients. Lors de nos premiers stages à l’hôpital Avicenne, quand les malades voulaient se confier, ou se renseigner, ils se dirigeaient vers moi. Je revois mes amies en sourire. Discuter avec les malades, leur amener le journal le matin, jouer avec les petits en pédiatrie, était un moteur pour moi. Puis j’ai intégré une association en cinquième année de médecine. On organisait des caravanes médicales. C’était magique. Arrivée en hématologie, j’ai commencé à assister aux réunions de l’association du service AGIR. Puis en rhumatologie, j’ai intégré l’AMLAR (association marocaine de lutte anti-rhumatismale) dont je fais toujours partie ; où j’ai vraiment appris le travail associatif avec des personnes formidables, très investies et disponibles. Longtemps je m’en suis voulu de ne pas avoir de passion. J’ai fait plein de choses (piano, tennis, danse, équitation …) sans jamais accrocher. Un jour, j’ai compris que ma passion, c’était l’humain. Essayer de rendre service autant que possible, de soulager, de donner comme je peux, d’améliorer les choses. C’est un peu une passion-mission. J’estime que chacun d’entre nous sur Terre est privilégié par rapport à un autre et que donc chacun peut apporter quelque chose à autrui. C’est un peu ma devise.

 
Racontez- nous votre amour pour l’hôpital Moulay Youssef

Je rêvais d’y travailler depuis plusieurs années. C’est un hôpital régional qui draine une bonne partie de la population casablancaise, situé dans un quartier que j’affectionne. L’histoire de cet hôpital, reconstruit par un mécène Feu Lhajj El Ghali Berrada (paix à son âme) m’a interpellée. J’ai très vite eu envie de plein de belles choses pour mon hôpital, pour mes patients. Je voulais qu’ils aient ce qu’il y a de mieux dans la mesure du possible.

 

Comment en êtes- vous arrivée à la politique ?

J’ai toujours trouvé que la critique était quelque chose d’aisé, que l’être humain maitrise parfaitement. Au lieu de me  plaindre et de regretter que des choses ne soient pas différentes, je me suis dit pourquoi ne pas agir ! «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde» disait Ghandi.  J’avais besoin de passer de l’autre côté. De m’investir, de voir, de comprendre. Mes amis, autant ceux qui me connaissent bien, que les virtuels sur les réseaux sociaux (en lisant mes publications sur le social mais aussi sur le civisme, sujet qui me tient à cœur),  m’ont beaucoup encouragée. Donner à mon Pays, servir mes concitoyens, du moins comme je peux est essentiel pour moi.

 
En quoi consiste exactement votre mission en tant que conseiller régional  et qu’est-ce que cela vous apporte ?

Le rôle d’un conseiller régional s’inscrit dans de nouvelles dynamiques décidées par le Royaume et ce dans le cadre de la régionalisation avancée (décentralisation des pouvoirs vers des institutions plus proches des réalités du terrain et renforcement de la participation des citoyens dans la gestion de la chose publique).

Le conseiller est le réceptacle des doléances du citoyen, son messager, son représentant. Le conseiller agit d’une part dans le cadre de commissions thématiques qui s’intéressent aux sujets essentiels et structurants de la Région. Pour ma part, je fais partie de la commission « développement économique, social, culturel et environnemental ». Mais il agit également au cours des sessions du Conseil de la Région.

J’ai, par mon rôle de conseiller, participé à la réalisation du Programme de Développement Régional (PDR)  qui décrit la nouvelle stratégie de développement territorial.

 
Si vous deviez nous citer 3 personnes qui vous inspirent, quelles seraient – elles?

Trois femmes magiques.

Madame Aicha Ech-Chenna par son combat. Un combat loin d’être aisé dans notre société. Une cause à laquelle elle est entièrement dévouée.

Madame Nawal El Mouatawakel que j’ai la chance de connaitre. Une femme hyper active, brillante, d’une modestie juste impressionnante. Une femme qui nous a tous fait vibrer en 1984 et qui continue avec toutes ses activités…
Madame le Professeur Ouafae Mkinsi, mon enseignante, une Dame d’une extrême rigueur avec une capacité de travail incroyable , qui établit une relation particulière avec le patient, par sa capacité d’écoute, sa patience, la confiance qu’ elle inspire.

Ces femmes, je parle d’elles constamment.  A chaque fois que je les vois ou que je lis des choses les concernant, je suis toujours autant épatée, fascinée.

 
Quels sont vos projets ?

Nous sommes, avec des consœurs, confrères et des amis, en train de monter une association. Nous avons décidé de la nommer « Amy’s », Association de soutien à l’hôpital Moulay Youssef.  Le but est de faire de cet hôpital un hôpital de référence et d’aider les patients démunis. Et tous les ingrédients sont là pour qu’il le soit. Nous avons commencé le travail, les actions, depuis quelque temps déjà, mais je vous avouerai que je ne suis pas « très paperasses », formalités, d’où le retard de sa naissance sur le papier. Mais j’aimerais aussi trouver des idées pour l’amélioration du civisme. Je travaille sur ça. Passer au feu rouge, jeter quelque chose par la fenêtre… m’horripile!

 

Quel serait votre message pour les personnes qui lisent votre interview ?

J’aime beaucoup la légende amérindienne « du petit colibri » rapportée par Pierre Rabhi. Pour moi, nous avons tous un rôle à jouer sur Terre, c’est notre devoir d’humain mais aussi  de citoyen ! Ne sous estimons pas ce que l’on peut donner. Donnons comme on aimerait recevoir, et respectons les règles comme on voudrait qu’elles le soient par autrui. Deux citations qui me guident et m’inspirent : « Ne laissez personne venir à vous qui ne reparte meilleur et plus heureux » Mère Teresa.
« Ne méprise (ne sous-estime) rien de ce que tu peux faire comme bien (bonne action), même rencontrer ton frère avec un visage souriant » ( Le Prophète –SAS- rapporté par Muslim.)

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