Hasna Boufkiri

D’où venez-vous ? Où vivez-vous ?

Je suis née et ai grandi à Rabat. D’un père amazigh et d’une mère amazighe à moitié algérienne, je suis très fière de mes origines et chéris chaque partie de mon identité. J’ai été élevée sous les valeurs de la liberté, du courage, de la fidélité et du savoir. Cela nous a permis, avec mon frère et ma sœur, d’apprendre à tout questionner, à surmonter nos peurs et à nous adapter à n’importe quelle situation en restant fidèles à nos principes. Aujourd’hui, mon petit train de vie m’a amené à venir m’installer à Casablanca. Une ville chargée d’énergies mais qui, parfois, fait étouffer l’espace-temps.

 

Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi ce choix d’études ?

Je vous avoue que toute ma vie a toujours été faite de concours de circonstances. Je me souviens qu’encore enfant, je ne quittais jamais ma petite valise de secouriste et que je voulais absolument devenir médecin. Ce rêve d’enfance n’a ironiquement pas pu se concrétiser. J’ai poursuivi un cursus scientifique jusqu’en terminal. J’ai eu mon Bac très jeune à l’âge de 16 ans mais il manquait la moitié d’une note à ma moyenne pour accéder à l’école de médecine. D’ailleurs, j’ai du plaisir à dire que je suis un « produit » du système éducatif public marocain quoi qu’il faille avoir l’énergie de le challenger pour forcer les portes. J’ai fini par atterrir pour quatre années d’études à l’Institut de journalisme de Rabat (ISIC); où je m’étais inscrite par un pur hasard. J’ai fini par découvrir une vraie passion pour le journalisme, le travail sur le terrain, la proximité avec les gens… le devoir, le pouvoir et la noblesse du métier dans le temps! Entre camarades, nous étions pressés de faire éclater le prochain Watergate et de devenir la plus belle signature de presse. En parallèle, j’avais suivi un parcours de graphisme et de programmation pour ne pas perdre ma première fibre pour les sciences et l’informatique en particulier. Après mes études en journalisme, j’ai fait un arrêt de deux ans et j’ai fini par revenir sur les bancs de l’école pour poursuivre un Master en études diplomatiques approfondies à la Faculté Mohammed V Souissi de Rabat. La soif d’apprendre ne m’a jamais quitté et qui sait … Je serai probablement amenée à vivre une autre aventure bientôt !

 

A 19 ans vous présentiez le JT de la première chaîne marocaine? Comment en étiez vous arrivée là et quel sentiment cela vous procurait-il ?

J’ai toujours eu un amour particulier pour l’image et j’ai ressenti très tôt que le journalisme audiovisuel sera mon premier choix.  La RTM était ma première véritable famille d’accueil. On exigeait à l’ISIC des stages obligatoires chaque année et j’ai débarqué à la RTM. J’y ai fait de très belles rencontres qui m’ont permis de comprendre mon pays, d’allier le travail de terrain à l’image et au ressenti. J’étais bien tombée à l’époque pour pouvoir assister aux premiers balbutiements de la transition vers la SNRT. J’y ai rencontré de belles plumes, d’extraordinaires collègues et une famille qui m’a toujours soutenue et a cru en moi malgré mon jeune âge. Mon premier JT était une expérience particulière. Un mélange de peur, de joie et  d’une énorme responsabilité envers les millions de spectateurs guidés par une voix et un visage. Il y avait de la rigueur et il ne fallait surtout jamais se tromper. Ce genre d’expérience ne réussit pas uniquement grâce aux compétences personnelle mais grâce à tous ces gens qui travaillent d’arrache pieds derrière les caméras du caméraman au monteur, du chef d’édition aux réalisateurs, du technicien au chef d’édition, du réalisateur au rédacteur en chef… on oublie souvent que derrière un direct, il y a des hommes et des femmes qui méritent le salut.

 

Vous vous êtes intéressé au social depuis toujours et avez été active très tôt, comment vous est venu cette passion pour les autres ?

Je me suis intéressée au travail associatif pour changer les choses. J’ai toujours cru qu’il y avait un rôle qui incombe à chaque individu envers autrui en société. C’est la moindre des choses … et on ne s’engage pas dans ce domaine parce qu’on aura eu une révélation ! J’ai toujours été active que ce soit dans des activités de charité ou encore dans la création de structures associatives pour un meilleur avenir de toutes les forces vivantes de notre pays.

 

En quoi consistait votre mission au sein de l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique à Rabat ?

J’ai eu beaucoup chance de rejoindre l’ambassade américaine après l’accession du président Obama au pouvoir pour mieux appréhender la diplomatie de l’après crise. J’y ai travaillé pendant six ans et je m’occupais, avec mes collègues, du département presse et affaires publiques. Nous avons beaucoup travaillé sur la veille médias, les rapports journaliers sur les hot topics, les actions RP, la stratégie de communication interne et externe ou bien encore sur l’organisation d’événement, d’échanges et de visites seniors de délégations entre le Maroc et les Etats-Unis. Le modèle de management américain a changé ma perspective professionnelle. Cette expérience m’a vraiment marqué d’abord par de très belles rencontres humaines et ensuite par le besoin de maitriser plusieurs secteurs d’activités en même temps qu’ils soient politiques, militaires, économiques ou d’ordre culturel et social. Mon poste m’a  permis de travailler avec les équipes les plus prestigieuses du département d’état américain. C’est un travail prenant mais gratifiant à tous les égards.

 

Pourquoi quitter l’Ambassade pour le secteur bancaire et comment avez-vous atterrie chez Citibank?

Durant mes quelques années à l’ambassade américaine, j’avais fait une merveilleuse rencontre qui avait bouleversé ma vie. Cette personne m’a révélé que le présent peut être brimé par l’espoir d’un devenir et qu’on avait le droit de vivre plusieurs vies. J’avais un besoin de changement qui sommeillait en moi depuis longtemps et j’ai dû prendre en charge mon plan de carrière avec plus d’ambitions. Je me suis jetée à l’eau et j’ai commencé à postuler pour des multinationales. Je suis tombée sur l’offre de Citibank sur LinkedIn. J’ai été rappelée et après des mois d’interviews  j’ai fini par accepter le poste de Directeur des Affaires Publiques et de la Communication pour l’Afrique du Nord à la Citi. Mon unique lien avec la finance s’arrêtait aux quelques notions que j’ai pu retenir de mon père, fort d’une carrière de 30 années d’expertise en la matière. Aujourd’hui, j’apprends tous les jours et me spécialise de plus en plus en la matière. C’est un secteur passionnant, un changement radical de carrière et un challenge qui me nourrit au quotidien.

 

Quel serait votre conseil pour les jeunes marocains qui aimerait réussir leur carrière ?

Osez faire votre propre rencontre d’abord pour savoir où vous allez. Faites des rencontres désintéressées. Echangez, lisez, persévérez sans jamais laisser tomber, travaillez sans rien attendre en retour et agissez au lieu de rêver votre vie !

 

Où est ce que vous vous voyez dans 10 ans ?

C’est une question qui m’a toujours semblé assez spéciale. J’ai juste envie de vous dire que dans 10 ans, je me vois avec vous pour une autre interview…

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