Habiba Hadj Khalifa

Quel est le point de départ de Habiba Hadj Khalifa dans son parcours professionnel ?

Je suis la petite fille d’un notable de la région de Abda, une famille féodale, cela posait problème dans la mesure où les filles n’allaient pas à l’école à cette époque. Comme mon grand père était cheikh, il avait la possibilité de construire une école en face de sa maison, c’est ce qu’il a fait. Donc j’ai pu aller à l’école primaire à Safi puis je me suis installée à Rabat où j’ai étudié au lycée Lalla Aicha. C’était une belle époque. On avait le droit à des séances d’écoute de musique classique mais aussi d’apprendre un instrument -j’avais opté pour le piano-. Je faisais aussi de la danse classique. Ma famille tolérait mon côté actif, il y avait une tolérance ambiante…

 

Du sport à la médecine, comment avez-vous fait le pont ?

C’est mon père qui m’a orientée vers la médecine, parce qu’il ne voulait absolument pas que je sois danseuse étoile. Je fais donc partie de la première promotion de la faculté de médecine de Rabat. Une fois mon diplôme en poche, j’ai décidé d’aller à Paris pour continuer mes études. J’ai opté pour la pédiatrie. Puis je suis rentrée au Maroc. Après de longues années d’exercice, j’ai repris les bancs de l’école pour faire des études de neuropédiatrie

 

A quel moment la politique a-t-elle fait irruption dans votre vie?

Après mon retour de Paris, je me suis installée à Safi, j’ai ouvert un cabinet et c’est à ce moment là où j’ai été contactée pour faire partie d’un nouveau parti politique : Rassemblement National des Indépendants (RNI). J’en suis membre fondatrice d’ailleurs. En 1984, j’étais la première femme candidate au Parlement avec le Parti National Démocratique (PND). Je n’ai pas réussi à avoir le siège malheureusement…

 

Selon vous, cet échec est dû à quoi ?

Quel que soit le type d’élections au Maroc il y a trois choses qui comptent : l’Intérieur (Makhzen, ndlr), l’argent et un parti solide. Je me suis très vite détournée de la politique car c’est un milieu de fourberies. De plus, mes activités professionnelles (médecine et enseignement) et associatives ne me permettaient pas de continuer en politique.

 

La médecine, la politique, l’enseignement sont des milieux “masculins” au Maroc, comment avez-vous réussi à vous frayer le chemin qui est le votre  ?

j’ai eu deux expériences différentes. Pour réussir en politique au Maroc, il faut soit avoir un mari, un père ou un frère derrière vous. Chose qui limite considérablement les possibilités de réussite pour une femme. C’est absurde mais véridique. En ce qui concerne la médecine et l’enseignement, j’estime qu’il n’y a pas vraiment de machisme ambiant. Ce sont vos diplômes, votre expérience et votre compétence qui font la différence. Naturellement, je n’ai pas eu de problèmes conflictuels au cours de mon parcours parce que j’étais une femme. Je suis une personne qui s’applique beaucoup dans ce qu’elle fait. Je ne sais pas ce que c’est que la fête, la routine pour moi c’est la faculté, l’hôpital et chez moi.

 

Et pour ce qui est de votre travail associatif ?

Je suis très active dans le milieu associatif en lien avec ma profession, la Société Marocaine de Pédiatrie, la Ligue Contre l’Epilepsie, le Comité Régional en Faveur des Enfants Hémophiles…Faire du bien autour de moi est quelque chose de primordial, me dire que je suis utile est un sentiment qui me fait du bien.

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