Fatime Zohra Outaghani

Quelles sont vos origines ? Où vivez-vous ?

Je suis une Casaouie pur jus. Née à Casablanca, élevée à Casablanca et vivant à Casablanca ! J’ai un rapport fusionnel avec cette ville.

 

Quelles études avez-vous poursuivies ? Avez-vous été influencée par ces choix ? Et si oui, par qui ?
Après un master en communication, j’ai rapidement opté pour le monde de l’entreprenariat après un passage dans une multinationale en tant que commerciale au début et après en tant que directrice commerciale. Mes parents ont été une vraie source d’inspiration, ça m’a donné des ailes pour avancer et ne jamais lâcher.
 
Comment vous est venue l’idée de fonder PR MEDIA ?

J’ai commencé ma carrière dans le secteur de la vente, au sein duquel j’ai découvert l’importance de la communication et des relations avec la presse et les publics. A l’époque, dans les années 1990, aucune entreprise ne proposait au Maroc de services en RP alors que l’arrivée des multinationales étrangères et la concurrence accrue entre les sociétés marocaines imposaient aux entreprises de mieux soigner leur réputation et de communiquer de manière plus efficace, ce qui implique de cibler ses publics, connaître le paysage médiatique, identifier les influenceurs… autant de compétences qui sont du ressort d’une agence dédiée. Avec ma sœur, nous avons donc monté en 1997 une agence de communication qui est aujourd’hui l’une des principales agences du pays, le groupe PAR3. Partant du principe que l’union fait la force, nous avons progressivement créé une palette complète de services : création, media planning, achat media, digital, événementiel et, bien sûr, relations presse et publiques. Devant l’importance grandissante de l’image pour les entreprises, j’ai créé en 2004 PR Media, une agence exclusivement dédiée aux RP. Nous avons été les premiers à nous orienter vers ce secteur en Afrique du Nord. Treize ans plus tard, nous sommes un des leaders du marché dans la région avec des bureaux au Maroc, en Algérie, en Tunisie et des activités au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest.

 

Le fait d’être une femme a-t-il été un avantage ou un inconvénient dans votre carrière ?

Ni l’un, ni l’autre. Etre une femme ne constitue plus un obstacle, même si ce fut le cas au début… J’ai tendance à croire que seul le travail importe. J’ai toujours été passionnée par la communication, les tendances et les challenges. Diriger une agence qui travaille constamment sur de nouveaux projets et doit rester à l’écoute des changements illustre parfaitement cette orientation. Bien sûr, au Maroc comme ailleurs, la parité est un objectif qui est loin d’être atteint et des politiques ambitieuses sont encore nécessaires dans les domaines de l’éducation et de l’emploi. Mais le cap est donné : le rôle du leadership féminin et l’intérêt de la participation des femmes à la vie économique, sociale, culturelle et politique ne sont plus à prouver. A nous désormais de montrer la voie et de faire en sorte qu’une femme qui dirige ne soit plus considérée comme une exception mais comme une évidence.

 

Quels ont été vos modèles durant votre jeunesse ?

Je n’ai pas eu de modèle à proprement parler. Mes parents et l’éducation que j’ai reçue, qui faisait du respect et de la persévérance des valeurs centrales, ont contribué à me guider. J’ai aussi bénéficié du soutien sans faille de mon mari.

 


 
Depuis vos débuts, qu’est ce qui a le plus changé dans votre façon d’entreprendre ?

Le domaine associatif constitue un aspect de mon engagement de plus en plus important. PR MEDIA fait le maximum pour soutenir des organisations qui oeuvrent en faveur de l’accès à une éducation de qualité et à la démocratisation des nouvelles technologies. Je suis en effet convaincue que le privé doit prendre sa part dans le développement du Maroc. Quand je me rends à l’étranger, en Europe ou aux Etats-Unis, je suis toujours frappée par le sentiment de bien-être qui règne dans la plupart des capitales économiques ou administratives, la propreté des routes et avenues, le haut degré d’éducation des populations, leur ouverture au monde et le respect qui prévaut dans les échanges. Récemment, il m’a été demandé d’imaginer nos cinquante prochaines années et de parler du Maroc des années 2070. J’ai répondu que je le voyais à l’image de ces grandes métropoles car le Maroc possède tous les atouts pour devenir un modèle de modernité. Notre pays est visité chaque année par des dizaines de millions de personnes, notre population est jeune et cosmopolite, des expatriés du monde entier vivent chez nous, notre positionnement géographique est unique, notre stabilité politique nous est enviée et notre économie se développe chaque jour davantage. Nous disposons donc de tous les moyens pour relever les défis qui nous attendent. Et contrairement aux Emirats arabes unis, qui ont bâti leurs gratte-ciels au cœur du désert, notre histoire puise dans un passé très riche et dans une ouverture sur le monde bien plus ancienne que celle qui caractérise aujourd’hui les Dubaïotes et les Qataris dont on nous vante la modernité. Notre patrimoine et notre identité n’ont pas de prix. Ils forment un capital immatériel dont peu de pays peuvent s’enorgueillir. Il est donc plus que jamais temps de passer à la vitesse supérieure et c’est, je crois, le rôle des entreprises de montrer l’exemple.

 

Quels sont les hommes et femmes qui ont compté et comptent pour vous ?

Mes parents, mon mari, mes filles : tous sont une source d’inspiration, de réconfort et d’énergie positive. J’ai aussi la chance d’avoir des collaborateurs passionnés sur lesquels je peux compter en permanence. Cela me permet de pouvoir passer du temps avec ma famille, d’être présente pour mes enfants et de partager avec mes proches les moments privilégiés du quotidien. J’essaie au maximum de ne rater aucun de ces instants. J’organise donc mes journées de manière à me libérer chaque soir. Quant aux week-ends, ils sont sacrés. Auparavant, je n’hésitais pas à me rendre au bureau le samedi ou le dimanche, mais aujourd’hui je préserve au maximum cette parenthèse de repos et de détente. C’est une bouffée d’oxygène dans laquelle je puise des forces pour m’atteler aux défis et challenges de la semaine !

 

Quel était votre rêve de petite fille ?

J’ai voulu faire beaucoup de métiers mais je me rappelle surtout une période de mon enfance où je rêvais d’être hôtesse de l’air. Voyager, partir à la rencontre du monde et des gens… J’étais fascinée par l’ailleurs – et je le suis toujours !

 

Si vous deviez donner un conseil aux générations suivantes de jeunes femmes, que diriez-vous ?

Soyez passionnées et à l’écoute, gardez un oeil sur les tendances et ayez le goût des challenges. Avec ces trois qualités, vous pourrez tout faire !

 

Si vous deviez conseiller 3 livres, lesquels seraient-ils ? Pourquoi ce choix ?

Au Bonheur des Dames d’Emile Zola : une peinture magnifique de l’arrivée des grands magasins dans le Paris du Second Empire et des innovations qui vont bousculer les conventions et donner naissance au commerce tel qu’on le connaît aujourd’hui. La Trilogie new-yorkaise de Paul Auster : trois livres qui plongent au coeur d’une ville que j’adore et où je vais régulièrement pour faire le plein d’énergie. Le Détroit d’Averroès de Driss Ksikes : un livre qui évoque la figure du philosophe vue à travers différents personnages et qui montre combien la vérité d’un homme est une question de points de vue.

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