Fathia Elaouni

Quelles sont vos origines ? Où vivez vous ?

Je suis tangéroise, mais j’ai grandi et passé la majeure partie de ma vie en France, dans un petit village « Tonnerre », c’est en Bourgogne.

Je venais de temps en temps passer mes vacances au Maroc comme n’importe quelle MRE, mais en 1993 cela a été un très grand tournant, je me suis installée au Maroc, tout d’abord à Tanger avant de poser mes valises à Casablanca.

 

Qu’est ce qui vous passionnait avant la Radio ?

En réalité tellement de choses, je voulais tout faire…  je voulais être styliste, j’ai d’ailleurs débuté mes études en ce sens. Jeune le monde de la mode me fascinait ; mes parents m’ont suivie dans mon ‘délire’ mais je me suis aperçue très vite que c’était un milieu très dur et tellement superficiel.  Lors d’un déplacement à Paris (avec quelques élèves de ma classe nous avions eu la chance d’assister à des défilés lors de la présentation des collections de grands couturiers) j’ai vue des tenues plus extraordinaires les unes que les autres, mais bizarrement tout était si froid autour de nous, les stylistes, les mannequins, les invités…. Nous étions très privilégiés d’être là et pourtant nous sentions que nous n’étions pas du tout à notre place, ce n’était pas la vraie vie.

En rentrant, j’ai donc annoncé à mes parents que je m’étais trompée, il a fallu choisir une autre voie…J’ai alors voulu devenir infirmière, mais je ne supporte pas la vue du sang,  au premier stage, je suis tombée dans les pommes ; au lieu d’accueillir les patients, c’est moi qui devais être prise en charge…

 

Pourquoi cet amour pour la radio ?

J’ai découvert la Radio dans les années 80, au moment de la libéralisation des fréquences en France. Une  radio locale avait été crée à Tonnerre, elle parlait de notre ville, des activités culturelles, des préoccupations des riverains, ce n’était que de l’information de proximité. Je trouvais cela extraordinaire, j’y me suis présentée et j’ai commencé bénévolement.

 

Quelles ont été les rencontres décisives dans votre carrière ?

En réalité ma vie n’a été faites que de rencontres, de belles rencontres. D’ailleurs, mes débuts à la radio en sont le meilleur exemple, s’il n’y avait pas eu cette fameuse rencontre,  la radio n’aurait été qu’un petit passe temps. Un jour un Monsieur d’Europe 1, en vacances dans la région, a demandé à me rencontrer, moi la petite bénévole, j’avais du mal à y croire. Il m’a juste dit que j’avais une voix exceptionnelle, un don et qu’il fallait que je fasse tout pour la travailler. J’ai suivis son conseil, j’ai tout lâché au grand désespoir de mes parents pour qui la radio n’était pas un métier et je me suis lancée dans des études de journalisme. Des jours et des nuits à réviser pour réussir le concours, une fois en poche tout était possible, une  grande porte était ouverte …

 

 
Racontez nous comment vous avez lancé votre première radio ?

J’avais tout juste 21 ou 22 ans et je dirigeais alors l’antenne d’Europe 2 à Auxerre, toujours en Bourgogne, une opportunité m’a été offerte par un ami (il était également à Europe 1) de monter ma propre radio à La Rochelle.

Le défi était trop beau ! Je n’avais pas d’argent, mais la rage de réussir. Je ne pouvais louer qu’un petit studio (à peine 9 mètres carrés)  il y avait un sous sol dans lequel j’avais installé le matériel acheté d’occasion. Je faisais seule les décrochages avec Paris, je donnais les infos et je partais le reste de la journée en prospection, pour tenter d’attirer des annonceurs qui étaient, je le savais, la clé de ma survie.

L’Adjoint au Maire de l’époque était devenu un ami (encore une très belle rencontre) ; pour me donner un coup de main, il a réussi à convaincre le Maire et le directeur des Francofolies de La Rochelle, Jean Louis Foulquier, d’être présent à mon inauguration.

Le lendemain, je faisais les gros titres de la presse et la radio était lancée !

 

Comment et pourquoi avez vous quitté la France pour le Maroc ?

Une année lors des Francopholies de la Rochelle, une importante opération était organisée pour les jeunes de Banlieue. L’équipée REEBOOK, avait pour ambition d’offrir pour la première fois des vacances à des jeunes de citées. Je me suis associée avec ma Radio à cette belle initiative. Une délégation est venue visiter ma radio (les studios étaient depuis sur le vieux port, 200 mètres carrés) et parmi elle un monsieur qui travaillait pour le ministère des affaires étrangères

(une nouvelle rencontre). Sachant que j’étais marocaine et d’origine tangéroise il m’a parlé d’une radio franco-marocaine basée à Tanger. Lors de mes vacances j’y suis allée, le directeur m’a immédiatement fait une très belle proposition. C’était une opportunité pour moi de, non seulement découvrir  mon pays, mais aussi de travailler dans une vraie rédaction.

Je suis rentrée à La Rochelle, en trois mois, j’ai vendu ma radio, sécurisé les contrats de toute mon équipe, j’ai fais ma valise et un beau jour d’août en 1993, je me suis installée à Tanger, je travaillais pour la rédaction de Medi1, radio Méditerranée internationale.

 

Qu’est ce qui vous anime dans votre vie de tous les jours ?

Question difficile…tellement de choses, mais ce sont les rencontres et le partage qui me font avancer, j’aime profondément les gens, la vie sociale est ce qu’il y a de plus important à mon sens, sans les autres qu’on le veuille ou pas, nous ne sommes rien. A travers la radio, j’ai la chance chaque jours de parler de la vie, d’actualité, de découvrir de beaux parcours, de parler des drames aussi, parce qu’ils font partie de notre quotidien.

 

Qu’évoque Ana Kaona pour vous ?

Elle m’évoque mon jardin secret, ma 2ème passion, la création.

C’est à Bordeaux qu’est née Anna Kaona (une autre étape dans ma vie), un lieu où étaient exposés des objets de créateurs.

Il me restait encore, de mes années d’études en stylisme, cette passion du dessin, donc j’ai repris le crayon non pas pour dessiné des tenues, mais des objets et surtout de la vaisselle. Anna Kaona s’est très vite fait un nom dans le vieux quartier ST Pierre de Bordeaux.

Quelques années plus tard, j’ai relancé Anna Kaona à Casablanca, mais sous une tout autre forme. J’ai ouvert le bas de ma maison aux jeunes créateurs marocains qui n’avaient pas de lieu où exposer.

 

Votre double culture a-t-elle été un plus ou un frein par moment ?

C’est une richesse indéniable. Nous minimisons beaucoup trop cet atout.

C’est une richesse culturelle, sociale, c’est aussi ça le Maroc pluriel, d’avoir des cultures différentes qui se retrouvent sur un même sol. Nous devons tous et toutes en prendre conscience. Ma double culture j’en suis fière, c’est elle qui m’a construite, c’est grâce à elle que je suis ce que je suis aujourd’hui, mon parcours le prouve.

 

Qu’elle serait votre prochaine aventure ?

J’aimerais inchallah relancer Anna Kaona pour les jeunes créateurs, la principale difficulté est le lieu.  Le concept cette fois-ci serait différent, ce sera une maison d’hôtes culturelle.

Les maisons ou locaux sont hors de prix à Casablanca, c’est vraiment dommage parce que  les lieux culturels sont encore trop peu nombreux chez nous, il faudrait les multiplier, mais je vous rassure je ne baisse jamais les bras, je finirais pas trouver et vous entendrez bientôt parler d’Anna Kaona.

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