Fathia Bennis

Quelles sont vos origines ?

Je née à Fès, seconde d’une fratrie de 5 enfants, 3 filles et deux garçons. J’ai grandi à Casablanca où j’ai effectué toute ma scolarité. Une fois le bac en poche, je me suis mariée. J’ai eu très vite mes deux garçons, que j’ai élevé en parallèle de mes études de droit à la faculté de Rabat.
 
Mariée très jeune, maman très vite, vous avez pourtant réussi à combiner études et carrière impressionnante. Quel est votre secret ?

Il n’y en a pas. J’ai eu la chance d’avoir de l’aide, et puis surtout je voulais être indépendante et me réaliser aussi sur le plan professionnel. Mon père nous a transmis ses valeurs : sans études, sans lecture et sans travail, on ne s’accomplit pas vraiment ! Et puis surtout, nous disait-il, votre éducation est le seul héritage que je pourrais vous laisser.
 
Comment avez-vous atterri dans la finance ?

Au départ je voulais être dans l’enseignement supérieur, pour continuer d’apprendre et surtout de transmettre.  Mais faute de poste budgétaire, je me suis retrouvée, via un concours d’accès, à Bank al Maghrib. Un heureux hasard ! j’ai eu la chance de démarrer avec la nouvelle politique monétaire du Maroc et ses changements profonds (Réforme des marchés des capitaux, mise en place d’une politique active de gestion de la dette publique etc.).  J’ai donc travaillé d’arrache-pied pour maitriser le système économique en général et devenir une vraie pro de la Finance. J’y ai passé 17 ans ! Mes efforts et mon acharnement ont payé et retenu l’attention et la confiance de mes supérieurs. J’ai pu ainsi bénéficier d’un passage au Fonds Monétaire International, à la Banque Mondiale, à la Federal Reserve Bank et à la Banque de France et donc évoluer dans mon parcours professionnel.
 
Bank al Maghrib, la bourse de Casablanca, L’ONMT et maintenant Maroclear, comment avez-vous réussi à intégrer de telles structures et à des postes aussi importants ?

Je pense que le travail, la ténacité, la volonté de faire le mieux possible, le respect de ses engagements, sont l’ascenseur idéal pour évoluer professionnellement, sauf exception. J’ai eu aussi la chance que ce travail soit reconnu ! J’ai ainsi été donc la première femme marocaine à gérer un organisme comme la bourse ! nous étions seulement deux femmes dans le monde à occuper ce poste, moi marocaine et une suissesse. Mais ma plus grande fierté est d’avoir été nommée par Sa Majesté le Roi au poste de Directeur Général de l’Office National Marocain de Tourisme. Ce fût un beau challenge et une expérience enrichissante durant quatre ans. Aujourd’hui je suis revenue à mes premières amours, la finance. Je dirige le Dépositaire Central des valeurs mobilières, Maroclear. J’ai eu la chance de faire un beau parcours professionnel. J’ai eu aussi la chance d’avoir des boss qui m’ont soutenue, encouragée et fait confiance. Mais je le dois aussi à ma foi dans le travail et la rigueur. J’ai travaillé dans un monde réputé masculin, où j’ai dû mettre les bouchées doubles et mettre de côté mes états d’âmes et parfois mes larmes !
 
Tout au long de votre carrière, avez-vous ressenti des différences de comportements à votre égard dû au fait d’être une femme ? 

J’ai dû faire face parfois à des comportements misogynes et paternalistes au début de ma carrière de la part de certains supérieurs ou collègues. Notamment quand il s’agissait de réunions tardives et décisives ou de déplacement. Et en tant que femme, il faut faire ses preuves doublement.
 
Vous êtes la fondatrice du Women’s tribune, comment a commencé cette aventure et quelle est le but de cette association ?

La question des femmes, sa place au sein de la société, et au travail a toujours été une de mes préoccupations. J’assistais régulièrement au forum des femmes de Deauville et j’ai constaté l’absence de la Femme Arabe et Africaine. D’où l’idée d’organiser une tribune pour nous, Africaines, insuffisamment reconnues. Le Women’s tribune est né en 2008 pour permettre aux femmes d’être plus visibles, plus présentes dans les postes de décision. Je tiens à préciser que c’est une association mixte ; hommes et femmes sont concernés par l’émancipation des femmes et leur place au sein de la société. Le Women’s est contre la victimisation des femmes, et défend une discrimination positive transitoire pour rattraper le retard évident ! Ensuite place à la méritocratie pour tous.
 
Quels conseils donnerez-vous aux jeunes femmes ?

Oser ! Avoir confiance en soi. Impossible n’est pas féminin.
 
Quel serait, selon vous, le secret de la réussite pour notre jeunesse marocaine ?

La réussite passe par l’instruction, l’éducation avant tout. Mais aussi par le rêve, l’ambition et la confiance en soi pour l’atteindre.
 
A votre avis, que faut-il faire encore pour améliorer la condition des femmes au Maroc ?

D’abord commencer par appliquer la loi, mettre en pratique les dispositions du code de la famille. Et continuer à militer pour son amélioration. Qui n’avance pas, recule ! Je fais partie de celles qui pensent que la situation des femmes dépend aussi des femmes. La solidarité féminine est donc très importante pour continuer d’avancer.

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