Eleonore Benit

D’où venez-vous ?

Je suis née à Paris d’une mère française et d’un père marocain. Ils se sont rencontrés à Paris avant de tomber fous amoureux l’un de l’autre. Ma mère a tout quitté pour le suivre à Casablanca où il vivait à l’époque, au début des années 80. Je suis donc le fruit d’une belle passion, mais aussi la synthèse de deux identités, pays et cultures éloignés et proches à la fois.

 

Où vivez-vous ?

A Casablanca, depuis bientôt une dizaine d’années. Malgré mon accent parisien qui pointe encore parfois, je me sens désormais profondément casablancaise. J’adore cette ville, son grouillement, sa dimension tentaculaire et évidemment son métissage.

 

Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi ?

J’ai un Master en Littérature Générale et Comparée obtenu à La Sorbonne. J’ai longtemps hésité entre les lettres et la philosophie et je n’ai jamais regretté mon choix. Parce que souvent, la vie ne suffit pas, la littérature prend le pas. Un livre, c’est une grille de lecture sur le monde. Aimer la littérature, c’est s’ouvrir à tous les champs des sciences sociales, c’est s’intéresser autant aux gamins des rues que décrit Choukri qu’à la Princesse de Clèves, autant aux ouvriers de Zola qu’au Fou du Roi de Binebine. Aimer la littérature, c’est aussi voyager, dépasser les frontières spatiales et temporelles. C’est devenir new-yorkais en lisant Paul Auster, argentin avec Borges, allemand avec Mann. C’est avoir la chance inouïe de vivre le temps d’un roman en Grèce Antique avec Sophocle ou à la Belle Epoque à Paris avec Proust.

 

Pourquoi le journalisme ?

Pour les mêmes raisons qui m’ont amené à étudier la littérature. Je dis souvent que ce qui m’anime, c’est avant tout la curiosité. L’élan vers l’autre et le désir immédiat de partager ma découverte. Tout m’intéresse et je n’ai jamais pu me résoudre à l’idée de me restreindre à un seul et unique champ d’activité ou de spécialité. Lorsque l’on est journaliste généraliste comme moi, on peut aussi bien écrire un jour un article sur l’exposition d’un photographe, faire le compte-rendu d’un défilé, interviewer un créateur, un artiste ou un médecin, faire la review d’un nouveau resto, écrire une brève sur une poudre de soleil, enquêter sur les dessous d’un mariage royal ou réaliser la prod d’une série mode.
 

Comment décrieriez-vous votre relation avec votre père ?

Ouh la la, c’est intime comme question. Je préfère réserver ma réponse pour mon psychanalyste … (rires)

 

 

Comment vous est venue l’idée de créer Icônes Magazine ?

Au moment de son lancement, fin 2014, cela faisait déjà plusieurs mois que je travaillais pour TelQuel Media. J’avais rejoint le groupe un an auparavant pour prendre en charge le supplément Luxe de TelQuel et une partie de son « Cahier Passion », c’est-à-dire toutes les rubriques lifestyle que l’on trouve à la fin de l’hebdo: fooding, évasion, déco, etc. Avant cela, j’avais travaillé pendant plusieurs années dans l’univers de la presse mode et féminine. Entre ces deux types de magazines a priori diamétralement opposés, l’un plutôt intello, éco et politique et l’autre définitivement glamour, récréatif et aspirationnel, il s’agissait de faire la synthèse. De réunir le glamour et l’information sous une même maquette, d’inverser le ratio qui existe traditionnellement dans la presse féminine (30% de sujet de société/culture vs. 70% de beauté et d’habillement) en proposant un magazine féminin qui a de l’esprit et qui reste connecté aux femmes marocaines cultivées, très au fait de l’actualité internationale. J’ai eu l’immense chance de faire la rencontre d’un patron qui a su croire en moi. Je me souviens lui avoir soumis mon projet et un business plan un premier septembre, à la fin du même mois, il disait banco !  Et trois ans plus tard, j’ai la faiblesse de croire que nous avons réussi notre pari. C’était un défi d’autant plus grand que le contexte économique de la presse papier était et est toujours en pleine mutation. Aujourd’hui, nous sommes lus et soutenus par une vraie communauté de femmes, nous organisons des évènements, nous bougeons pas mal sur les réseaux sociaux, nous avons contribué à faire du Groupe TelQuel media un éditeur de contenu pluridisciplinaire et nous ne cessons jamais de nous remettre en question. Nous avons d’ailleurs proposé au printemps une nouvelle formule de Icônes, au contenu plus pratique et plus ancré dans le quotidien de nos lectrices, et qui a remporté un franc succès, tant en kiosque qu’auprès de nos annonceurs. J’ai envie de croire que le meilleur est à venir, comme le veut la formule consacrée…

 

Quelles sont les femmes qui ont été des icônes pour vous ?

Evidemment celles qui composent ma vie. Par ordre d’apparition: ma mère, ma grand-mère, ma tante, ma cousine, ma petite soeur et désormais mes amies fidèles – cette deuxième famille que l’on se choisit. Chacune à leur manière m’enseigne ou m’ont enseigné des choses sur le monde et la vie. Plus loin de moi, Claire Chazal à qui je voulais ressembler quand j’étais adolescente (d’où le journalisme…), ma première institutrice, au CP, qui me fascinait par sa beauté et son savoir. Aujourd’hui, je me laisse tout autant inspirer par des héroïnes du grand écran comme Romy Schneider, Julianne Moore, Meryl Streep ou Isabelle Huppert. Des artistes comme Françoise Sagan, Leila Alaoui, Virginia Wolf, Marguerite Duras, Barbara, Frida Kahlo ou Simone de Beauvoir, des femmes activistes issues de la société civile comme Aïcha Chenna, Amal Clooney, Malala Yousafzai, Leïla Shahid, que par des femmes hors du commun, célèbres ou ignorées du grand public, pourvues qu’elles soient libres, pionnières, courageuses et donc transgressives.

 

Si vous n’aviez pas été journaliste, vous auriez été…

Institutrice, en maternelle ou au primaire. Apprendre, transmettre, faire grandir ou aider la jeune génération à découvrir le monde, surtout à de petits enfants, c’est possiblement l’un des plus beaux métiers au monde. Dans une dizaine d’années, quand je n’aurais plus rien à (me ?) prouver, je poursuivrai sans doute dans cette voie…

 

Quels sont vos projets ?

Là tout de suite, partir en vacances ! Pour mieux revenir à la rentrée avec de nouveaux projets, continuer à prendre un plaisir fou à faire ce que je fais au quotidien et contribuer à mon échelle, autant que faire se peut, à faire bouger et voir grandir ce Maroc que j’aime et duquel, pour le moment, je ne me vois pas partir.

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