Bouthaina Iraqui

Quelles sont vos origines ? Où vivez vous ?

Marocaine, 3 enfants.
Pharmacienne de formation puis j’ai suivi la formation Aspen en sciences politiques.
 

De pharmacienne à entrepreneur, comment est né Locamed ?

Etudiante, je travaillais pour gagner ma vie et cela m’a amenée à travailler dans des hôpitaux, des pharmacies, puis dans des entreprises de matériel médical. J’ai créé Locamed dès ma deuxième année d’exercice de  Pharmacie au Maroc, dès que j’ai vu le manque sur le marché des services d’aide aux personnes à domicile.

J’ai toujours été interpellée par les manques sur le marché et voulu y apporter une réponse. A l’époque, en 1989, la pharmacie ne vendait que du médicament et de la cosmétique, mais pratiquement pas  de matériel médical comme de l’autodiagnostic, de l’aide à la mobilité ou d’aide au maintien à domicile.

Une dizaine d’années après, j’ai suivi une formation en entreprenariat avec MSI et je suis alors devenue Formateur en Leadership Entrepreneurial.
 
Vous avez beaucoup œuvré dans l’associatif, comment cela a-t-il commencé ? 

Dès mon retour au Maroc et la création de ma pharmacie, j’ai rejoint le syndicat des pharmaciens. Je trouvais vital de fréquenter mes pairs et de partager avec eux mes préoccupations professionnelles. J’ai ainsi évolué très vite, et alors pris des responsabilités au sein des organismes professionnels, bien que j’étais la plus jeune.

Ensuite avec quelques amis nous avons créé une première entreprise de distribution de médicaments, puis j’ai été élu membre de conseil d’administration d’une banque, la seule femme au Maroc et la plus jeune de surcroît.

Avec Locamed , j’ai commencé par intégrer une association d’entrepreneurs arabes à travers le MEPI, puis l’AFEM, puis j’ai participé à la création  de la plus grande association de femmes chefs d’entreprise arabes de la région MENA.

Ensuite, la politique m’a naturellement happée et  j’ai été député sous les couleurs du RNI en 2007.
 
Grande sportive et même championne, quel est le plus que le sport vous apporte ?

Le sport est ma seconde nature. J’ai toujours été très active physiquement et le dépassement de soi est pour moi aussi bien mental que physique.

Avec le  temps j’ai adapté mon sport à mon organisme, plus soft mais je ne peux m’empêcher quelques fois de monter sur un jet à bras et de prendre quelques vagues. C’est toujours aussi grisant !
 
Qu’est ce qui vous a conduite à la politique et comment s’est déroulée votre expérience dans ce domaine ?

La politique est un projet de vie. Quand on a été député pendant un mandat, ça suffit à vous donner un mode de réflexion et d’analyse  qui devient une seconde nature. Vous ne voyez plus les choses de la même manière. Tout événement a un sens global et vous relativisez le  premier degré de chaque information.

Vous avez une nette idée de  vos valeurs et de votre projet de société. Vous ne militez plus pour une idéologie mais vous en êtes un vecteur. Vous l’exprimez par votre attitude, vos paroles et vos actes.

Notamment la façon de vivre sa citoyenneté est  en soi, un acte  fondamentalement politique.
 
Tout au long de votre parcours de femme entrepreneur, indépendante et leader, avez vous eu à faire face au machisme ou pas du tout ?

Cela dépend  de la manière de percevoir sa relation aux autres. Je crois que pour me protéger, j’ai toujours ignoré ce genre de comportements à mon égard. Je conseille souvent des jeunes femmes, soyez autistes ! N’entendez pas et regardez ailleurs, poursuivez votre objectif en regardant du bon côté. Parce qu’à vouloir se défendre et se justifier face au machisme on s’épuise et on perd du temps.
 
Comment voyez vous la place de la femme par rapport à l’homme dans notre société ?

Les femmes marocaines ont compris que, c’est par leurs performances et leurs compétences et surtout dans l’entreprenariat, qu’elles pourront avancer et forger leur avenir en dépassant les différents plafonds de verre… En politique c’est plus difficile, mais une étude récente de MacKinsey a démontré que dans 10 ans si seulement 10% de femmes de plus travaillaient au Maroc, le gain en terme de PIB serait de 30milliards de DH. Cela veut dire que les politiques devront  changer leur politique du genre au Maroc s’ils veulent faire émerger le pays vers une croissance économique qu’on n’arrive plus à faire décoller. Et deuxièmement cela veut dire que la question de la Femme, non seulement ne devrait plus être débattue seulement dans le champs social, mais essentiellement dans le champ économique et donc politique.
 
Quel est le secret de votre succès ?

J’y crois mordicus

Comme dans toute succès story, vous avez certainement connu des échecs, pouvez vous nous en parler et nous dire comment vous vous en êtes sortie et surtout, ce qui depuis, a changé dans votre façon d’entreprendre ?

Chaque jour apporte son lot de problèmes et plus l’entreprise est grande plus les  problèmes sont à cette dimension. Il ne faut pas les considérer comme des problèmes mais comme des situations complexes à dépasser.

Ensuite il faut aussi apprendre à temporiser et à gérer les priorités.

Un échec bien admis et un retour d’expérience correctement analysé est toujours une source de progrès.
 
Auriez vous un message pour les générations futures de femmes marocaines ?

Elles sont le futur, et ont au Maroc, grâce à  la politique de Sa Majesté, l’avenir entre leurs mains.

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