Amina Agueznay

Amina Agueznay

Quelles sont vos origines ? Où vivez vous ?

Je suis née et je vis à Casablanca mais mon père est du Nord, de Larache, et ma mère du Sud, de Marrakech.

 

Parlez nous de votre enfance avec votre maman et du moussem d’Asilah

J’ai eu une enfance heureuse, particulièrement lorsque ma mère m’emmenait à l’école des Beaux Arts où elle étudiait. Je jouais dans le jardin avec les statues, j’aimais beaucoup l’odeur de l’argile dans l’atelier de céramique… Auprès de ma grand-mère maternelle qui m’emmenait en promenade dans les champs, j’ai appris à être curieuse, des plantes, des fleurs, des insectes… C’est elle qui, bien plus tard, a déclenché mon aventure avec le bijou, en m’offrant une bague. Dès ce moment là, je suis devenue collectionneuse. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé les animaux. Mon premier chat, Minette, entre dans ma vie lorsque j’ai quatre ans. Et puis cette enfance a été marquée par de nombreux voyages au Maroc avec mes parents. J’en ai gardé la passion des voyages. C’est à l’adolescence que je découvre, émerveillée, le moussem d’Asilah. Il y avait des artistes du monde entier, et à ce moment là je prends conscience que je vais peut être moi aussi avoir une carrière d’artiste, car déjà j’aidais ma mère à peindre ses fresques murales, je prennais des cours de photos et de céramique, je trainais dans l’atelier de gravure… En 2016, j’ai eu le privilège d’avoir ma deuxième exposition solo à Asilah. L’idée était de me donner carte blanche pour raconter sous forme d’exposition-atelier l’histoire de ma démarche artistique qui, de l’architecture, s’oriente progressivement vers la création de bijoux d’art et d’installations contemporaines. L’atelier réunissait des maalmates d’Asilah mais aussi avec des artistes et différents publics du moussem souhaitant participer à une œuvre à plusieurs mains. L’exposition, elle, articulait sans souci de chronologie les textes, les dessins, les images, les objets, les matières, les outils gravitant autour des bijoux, des installations et des ateliers pédagogiques. Avec pour point de repère constant le travail collaboratif, qui donne naissance à une œuvre commune.
 

Quelles études avez vous suivies et pourquoi ce choix d’études ?

J’ai fais des études d’architecture aux Etats-Unis car j’aimais « lire » les bâtiments.

 

Après 15 ans dans l’architecture à NY, vous changez carrément de cap et rentrez au Maroc pour créer des bijoux, comment expliquez vous cela ?

Je voulais rentrer au Maroc pour y tenter une nouvelle expérience, disons de « construction en miniature ». A New York,  j’étais chef de projet dans un cabinet d’architectes, essentiellement pour réaliser des écoles ou des bibliothèques… J’étais parfaitement bien intégrée mais, en parallèle, je commençais à prendre des cours de bijouterie et à créer des bijoux en ayant en tête la question d’échelle, qui permet de passer du macro au micro. La transition vers ces constructions paradoxalement plus petites s’est faite sans trop de dégâts grâce au soutien de ma famille dont j’étais très heureuse aussi de me rapprocher.

 

Parlez nous de votre aventure avec les artisans marocains

Dès mon retour au Maroc, je souhaitais créer ma première collection de bijoux. Or si  je construisais ma matière, je devais collaborer avec un artisan pour le montage final de la pièce. De là le début de mon aventure avec les artisanes et les artisans. En même temps que je continuais de réaliser mes collections, je commençais à collaborer avec des agences gouvernementales pour accompagner les artisans dans leur recherche d’innovation et les aider à labelliser certains de leurs produits. C’est à l’occasion d’une première expérience à Essaouira que je comprends quel type de créateur je suis : quelqu’un qui aime le monde des artisans et les dynamiques de partage. Cette expérience souirie, vécue comme un  véritable laboratoire de recherche et développement, aura donné naissance à près de 300 pièces… Ensuite, plusieurs autres ont été conduites à Laayoune, à Tiznit pour le bijou et dans le Moyen Atlas pour le tapis, dont je prolonge les collaborations sur mes projets.

 

De la création de bijoux à la création d’œuvre d’art… à quelle occasion avez vous créé votre première installation ?

C’est encore une question de changement d’échelle. Après une exposition en 2000 à l’Institut du Monde Arabe, dans le cadre d’un Regard sur le design au Maroc, j’ai commencé à envisager des parures spectaculaires pour des défilés. Ensuite, lorsqu’en 2007-2008 je suis invitée à participer à la Festimode Casablanca Fashion Week, l’idée me vient de créer des bijoux qui soient des sortes d’installations sur le corps. La matière était créée au préalable mais structurée sur le corps. Plus tard, je commence à investir l’espace. La matière quitte le corps pour occuper des surfaces architecturales, se transformer en parures de murs. Ma première installation de ce type, « Cocons et Alter Cocons » a été réalisée à l’occasion d’une exposition à Casablanca pour laquelle nous étions trois créateurs de mode invités à créer une ou plusieurs œuvre(s). Puis j’ai réalisé « Skin », une installation de 7m de large et 3m de haut, « Casablanca Green », un tapis de coquilles de moules de 100 m carrés, exposés respectivement au Musée Mohammed VI de Rabat, à l’Institut Français de New York et à la Maison Folie de Mons, en Belgique. Puis il y a eu « Ankabouth » en 2016, une série d’installations en laine tissée et crochetée conçue pour l’atrium de la Société Générale, toujours à Casablanca. J’ai enfin exposé cette année Draâ x Draâ à la galerie Ifa de Stuttgart et Berlin. Le plus important, c’est de savoir qu’à l’origine de chaque projet il y a et il y aura sans doute toujours une collaboration avec des artisanes et des artisans.

 

Vous animez également plusieurs ateliers, comment cela se déroule-t-il concrètement ?

Ce sont des ateliers de formation et d’innovation artisanale commandités par différentes instances gouvernementales : ministère de l’Artisanat, Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du Sud, Agence de partenariat pour le progrès dans le cadre du programme Millenium Challenge Morocco. Ce sont aussi des missions de labellisation et de préservation des savoir-faire ancestraux. Que ce soit au Maroc, en Haïti, en France ou en Turquie où j’ai travaillé en collaboration avec le Vitra Design Museum, tout dépend du thème du workshop mais généralement j’invite la ou le participant à créer sa propre matière, à partir de différents matériaux. Et ensuite seulement à créer une structure de bijou. Je montre beaucoup de visuels avant de passer à la pratique. Et au final, je suis souvent bluffée par la liberté de création, d’initiative et surtout d’enthousiasme des artisans, qui ont un savoir-faire exceptionnel.

 

Quel conseil donneriez vous aux jeunes artistes marocains ?

J’aimerais les encourager à la curiosité, la résilience et la persévérance, car il faut suivre son chemin à son propre rythme. Stay true to yourself. Soyez généreux.  Transmettez. Partagez.

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