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Abla Ammor

D’où venez vous ? Où vivez-vous ?

D’un père banquier et d’une mère institutrice, j’ai grandi dans une famille de six filles.

Je suis née et ai grandi à Casablanca, ville dans laquelle je vis encore. Mais ma ville de cœur reste Marrakech. La ville de mes parents, de mes grands-parents, de mes vacances d’hiver et de printemps avec mes cousins et cousines, des premières sorties, des premières bêtises.

Aujourd’hui encore, c’est ma ville de refuge, celle où mon corps et mon cerveau reprennent une allure normale, en dehors de la frénésie de Casablanca et de la folie de ses habitants.

 

Avez-vous été influencée sur votre choix d’études ? Si oui, par qui ?

J’ai grandi dans une famille où les études, l’excellence et le dépassement de soi faisaient partie de notre quotidien.

Sans en être conscients, nous avions deux professeurs à la maison. Mon père qui nous assistait dans les matières scientifiques et ma mère dans les matières littéraires et l’Histoire. Rien n’était laissé au hasard.

En bonne benjamine qui se respecte, j’ai également été tirée vers le haut par les plus grandes. Je n’avais pas trop droit à l’erreur après cinq sœurs qui avaient réussi leurs études et leurs trajectoires.

A l’époque, être bon élève, c’était forcément passer par une 1ère S et un Bac C. C’est donc ce que j’ai fait naturellement. Puis j’ai integré une école de Commerce et là encore une fois, aller en option Finances plutôt que Marketing faisait tout de suite plus sérieux. A fortiori avec un père banquier pour qui la Finance ouvre plus de portes. « Bifurquer vers le Marketing après des études en Finances est beaucoup plus simple que l’inverse », m’a toujours répété mon père.

 

Est-ce que vous avez toujours rêvé de faire de la pub ? Comment y êtes-vous parvenu ?

Mon diplôme en Finances en poche, j’ai travaillé pendant 8 mois dans une société de Bourses au département Corporate. J’ai vite fait de me rendre compte que bien que jonglant parfaitement avec les chiffres, le métier ne correspondait pas à ma personnalité. Trop routinier à mon goût. J’avais besoin de plus gros challenges, de rencontres et de rythme dans ma vie.

C’est un jour, alors que j’accompagnais mon père à la présentation de la campagne de lancement d’une nouvelle banque qu’il démarrait, que le déclic s’opéra.

J’ai démissionné le lendemain, et décidé de changer de cap.

 

Depuis vos débuts qu’est ce qui a le plus changé dans le milieu de la Com au Maroc ?

Tout a changé, à mon sens. Tout d’abord le profil des pubars comme on dit dans notre jargon. Alors que nous étions entourés de personnes passionnées, ambitieuses, dédiées, le métier devient petit à petit une mode qui attire des gens pour qui « ça fait bien » d’être dans la com. Malheureusement la passion n’a pas suivi.

En parallèle, la montée d’une multitude de petites agences (pour ne pas dire studios) a contribué au changement de la relation Agence/ Annonceur qui s’est effritée avec le temps, passant d’une relation de partenariat à une relation Client/ fournisseur, souvent orientée prix.

Avec la crise financière et la réduction des budgets, j’ai également l’impression que les agences et les annonceurs sont moins regardants sur les standards du métier, retombant souvent dans une réclame que nous avions laissée de côté depuis les années 80.

Par contre, une nouvelle façon d’aborder la communication dans son ensemble a vu le jour avec la montée des réseaux sociaux et une consommation différente. Aujourd’hui, nous focalisons plus sur le comportement des gens que sur le produit ou la marque que nous voulons promouvoir. La com devient du coup plus humaine et plus intelligente.

 

Comment arrivez-vous à gérer un poste tel que le vôtre qui inclut des journées interminables, voire parfois même des week-ends au bureau, avec votre vie de famille et l’éducation de vos enfants ?

J’avoue que ce n’est pas toujours facile à gérer et j’arrive parfois à me poser énormément de questions sur mes choix de carrières, sur mes priorités.

Suis-je en train de passer à côté des moments importants de mes enfants ? M’en voudront-ils un jour de ne pas avoir été présente à une occasion particulière ? Est-ce que je balance suffisamment entre ma vie professionnelle et ma vie privée ? Sans oublier les questions que l’on se pose aussi par rapport au reste de la famille, aux amis et puis le temps que l’on peut consacrer à soi-même également.

Mais j’essaie, à chaque fois que je peux, de passer des moments qualitatifs avec les gens que j’aime, qui rattrapent souvent les soirs et les week-ends d’absence. Toujours est-il que je ne laisse ni la culpabilité ni les doutes s’installer.

En parallèle, j’ai la grande chance d’avoir un mari très présent avec les enfants. Nous avons pu trouver un très bon équilibre pour tout le monde.

 

Quelles sont les femmes de votre vie qui ont été un modèle ?

La première femme qui a marqué ma vie et qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui est ma mère.

Sa force de caractère, sa persévérance, son dynamisme, et sa gestion de la famille et des priorités ont été exemplaires.

Bien qu’ayant 6 filles, elle a su nous encadrer, nous apprendre le sens du devoir, et nous responsabiliser. Je pense qu’elle a très vite compris que notre richesse était notre différence et elle a su la cultiver.

La seconde femme est celle que j’ai rencontrée en sortant du monde de la Finance. Celle qui m’a appris le métier, à un moment où seuls les hommes avaient leur place. Colette Amram. Fondatrice de l’une des premières agences au Maroc, Top Publicité, Colette est ce genre de femmes au caractère trempé qui vous marque à vie. Je lui dois beaucoup.

 

Quels sont les hommes qui ont été présents dans votre vie ?

Tout d’abord mon père, que Dieu ait son âme, avec qui, en tant que benjamine de la famille, j’avais une relation très particulière. Mon père était mon ami, mon confident et mon admirateur. La seule personne avec qui je me sentais toujours petite fille.

Thami Ghorfi a énormément compté et compte toujours dans ma vie. Directeur d’établissement, professeur universitaire, professeur de vie, grand frère et ami cher, il m’a beaucoup apporté tant professionnellement que personnellement.

Enfin mon mari Hassan Slaoui avec qui j’ai une connivence qui va au-delà de la relation maritale et qui représente mon adrénaline quotidienne.

 

Quels sont les champs susceptibles de vous intéresser que vous n’avez pas encore exploré ?

Cela fait maintenant plus de 18 ans que je suis dans ce monde fou de la communication. Ayant moi-même une part de folie, je ne pense pas que ce monde puisse se débarrasser de moi de sitôt.

Toutefois, étant passionnée de cuisine, mon rêve ultime serait de terminer ma vie dans une maison d’hôtes, entourée de gens qui veulent faire la fête, d’enfants qui découvrent les merveilles de la nature et de gourmets qui veulent s’essayer à de nouveaux goûts.

 

Quel regard portez-vous sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

La situation de la jeunesse d’aujourd’hui est désespérante. On pourrait en faire des séries entières.

Mais pour la faire courte, nous sommes face à une jeunesse exclue, une jeunesse qui manque de confiance envers les institutions et envers elle-même. Cela se traduit bien évidemment par un manque d’engagement de ces jeunes dans la vie politique, sociale, civile.

La réforme du système d’éducation a également complètement bouleversé leurs repères. Aujourd’hui, lorsque nous recevons des jeunes en entretien d’embauche, c’est inquiétant de voir leurs lacunes non seulement au niveau des langues, où ni l’arabe, ni le français, ni l’anglais ne sont maitrisés, mais également au niveau culture générale, curiosité, passion ou ambition.

Sans parler que des réseaux sociaux, censés les ouvrir vers de nouveaux horizons, ils n’ont tiré que les mauvais côtés, faisant de leurs modèles des Kim Kardashian ou des Hayfa Ouahbi, selon les catégories sociales.  Je pense que le monde est peuplé d’icônes dans tous les secteurs qui peuvent inspirer ces jeunes et leur redonner confiance en la vie.

 

Et si vous deviez donner un conseil à cette jeunesse, quel serait-il ?

Ne tombez pas dans la fatalité, ne subissez pas. Impliquez-vous.

L’école n’est qu’un outil. Aujourd’hui, l’ouverture vers les chaines satellitaires, Internet, les réseaux sociaux, sont autant d’outils si nous savons en faire bon usage. Il vous appartient de prendre votre vie en main, d’être curieux, de vous ouvrir vers d’autres religions et cultures, de vous battre pour vos idées et ce en quoi vous croyez. Soyez vous-mêmes, ayez de l’ambition. Faites ce que vous avez envie de faire, mais mettez-y du cœur et vivez votre vie avec humour.

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