Soumaya Akaaboune

Soumaya Akaaboune

Quelles sont vos origines ? Où êtes vous basée ?

Je suis originaire du Maroc, j’ai grandi à Tanger, la ville où l’océan atlantique et la mer méditerranée se croisent. Ville à travers laquelle vous pouvez voir l’Europe et que plusieurs personnes traversent à la recherche de leurs rêves.

 

Votre père était artiste lui même, cela a-t-il eu une influence sur vos choix de carrière ?

En fait mon père n’était pas artiste mais c’était un amoureux de l’art, c’était plutôt ma mère qui était créative dans la famille, elle est styliste et costumière de film.

Mon père adorait être entouré d’artistes, il aimait aider les artistes, et sa maison était un lieu de refuge, de créativité et de rencontres pour les peintres, musiciens, acteurs, écrivains, etc …

Tanger est une ville cosmopolite qui a toujours attiré les gens du monde entier et mon père reflétait tout à fait cet esprit.

Dans mes souvenirs d’enfance, il était chose ordinaire de me rappeler avoir été assise à un diner entre Bernardo Bertolucci à ma droite et Victoria Abril à ma gauche, avec Moulay Tahar de Nass Al Ghiwan en face de moi chantant ‘Malhoun’.

Notre maison était un sanctuaire et un paradis pour les artistes et toute personne dans le besoin. Mes parents étaient des personnes généreuses et de belles âmes. Je suis très chanceuse d’avoir grandi dans un tel environnement et cela a bien entendu eu une grande influence sur moi et les choix que j’ai pu faire dans la vie.

 

Comment êtes vous passée d’une carrière de danseuse à celle d’actrice ?

Tanger a toujours attiré de merveilleux artistes, designers et créatifs marginaux. Un soir, mes parents et moi avions été invité à un diner chez notre voisin et là bas j’y ai rencontré Maurice Bejart qui m’a vu danser et m’a demandé si je voulais rejoindre son école et sa compagnie de danse. Mes parents ont accepté, j’avais 14 ans à ce moment là. Quand je suis arrivée à l’école, j’ai été prise dans un tourbillon de danse, musique, théâtre et j’étais la personne la plus heureuse sur terre. Mes journées étaient remplies de 8h de performance artistique et j’en savourais chaque minute. La carrière d’un danseur est très courte et la plupart deviennent chorégraphes, professeurs ou changent carrément de milieu.

Je me suis orientée vers le théâtre, le théâtre musical et avec le temps, j’ai été recrutée pour des rôles, ce qui pour moi, représentait une transition naturelle et l’Univers m’a été clément en m’aidant dans cette transition. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec Sandra Bernhard à Broadway et être remarquée par plusieurs personnes importantes qui plus tard m’ont engagée.

Cela n’a pas été un chemin facile, il faut rappeler que cela demande beaucoup de travail et de sacrifices pour réussir à devenir une actrice ou une interprète. Plusieurs heures de répétitions, des voyages, ne pas avoir de temps à consacrer à ses amis ou à sa famille car notre métier nous prend justement tout notre temps, mais pour moi tous ces sacrifices en valaient la peine.
 
Vous avez aussi bien joué dans des productions internationales que dans des productions marocaines, quelles sont les principales différences que vous avez pu constater ?

Voilà une question intéressante, une question importante. La différence entre jouer dans des productions internationales et jouer dans des productions marocaines est principalement une différence de budget, ce qui se traduit par le fait de pouvoir engager des équipes expérimentées, développer un script, une histoire, ça se ressent également au niveau de la préparation. Ce sont des éléments essentiels qui font d’un film ou d’un téléfilm un succès.

Oui il y a une énorme différence entre une production internationale et une production marocaine, peut être est ce dû au fait que l’industrie du cinéma soit encore jeune ici tandis qu’aux Etats Unis par exemple cela fait partie intégrante de la vie des gens ; ils vont au cinéma, la sortie d’un film est un événement, cela représente également une grande partie de leur économie.

Au Maroc nous n’avons pas suffisamment de cinéma ou de théâtre, en fait la plupart d’entre eux sont fermés. Les marocains regardent la télé plus qu’ils ne vont au cinéma, ils nous restent donc à développer cette partie.

Cela étant dit, nous avons quelques très bons réalisateurs à venir. Mon retour au Maroc est principalement dû à ma famille, et la famille compte énormément. Pour mon travail, je voyage ou bien je travaille avec des productions étrangères au Maroc. Cette année j’ai travaillé avec Sherin Neshat et Gael Morel ainsi que Sandrine Bonnaire.
 
Pourquoi être revenu au Maroc après tant d’années à l’étranger ?

J’ai toujours pensé revenir au Maroc, il n’a jamais été question que je reste à l’étranger, je me sens absolument marocaine et je ne pense pas autrement. Il est aussi important pour moi que mon fils connaisse sa culture et qu’il puisse s’intégrer et être familier dans son environnement et sa culture.

Mais je dois avouer que je suis une femme déchirée, car mon cœur est divisée en deux, une partie de moi est à Los Angeles où j’ai des amis proches, une vie qui me manque, où je peux prendre des cours de danse avec Alfie Lewis pour professeur ou aller prendre des cours d’acting avec Jeff Goldblum qui m’apprend le travail sensoriel. En même temps, j’adore Tanger, descendre au marché, m’arrêter pour discuter avec les gens, avec des amis, ce rythme de vie tranquille. Je peux dire que dans les deux mondes, j’ai trouvé mon bonheur ainsi que mes réticences.
 
Actrice mais aussi maman et épouse, comment arrivez vous à gérer votre carrière et votre vie de famille ?

Mon mari est réalisateur, il connaît très bien mon métier et comprend les sacrifices que ça demande. Nous sommes très unis. Mon fils aussi connaît le métier car il a été pris dans plusieurs castings. Nous aimons voyager et nous apprécions toutes les aventures que ce métier peut nous amener.

Etre une mère qui travaille a ses hauts et ses bas ; j’ai été chanceuse d’avoir eu le luxe de pouvoir m’arrêter de travailler pendant 5 ans pour pouvoir éduquer mon fils, et lorsqu’il a commencé à aller à l’école, je me suis dit qu’il était temps que je me remette au travail et que mon fils n’avait plus autant besoin de moi. Je pense qu’il est important de nos jours de montrer à nos enfants qu’il faut être indépendant, que nous devons faire des choix pour eux, mais aussi pour nous, qui nous apportent un équilibre et du bonheur dans la famille. Une mère frustrée à la maison rend le foyer triste. Nous donnons l’exemple à nos enfants. Pour moi, aller au travail est un élément essentiel.
 
Quelles sont les femmes qui vous inspirent ?

La liste est longue, ma grand-mère, ma mère, Gloria Steinem, Fatima Mernissi, Angelina Jolie, Oprah, Aung San Suu Kyo, Maya Angelou, Layla Baalbaki, Aicha Ech-Chenna, Sahar Khalifeh et toutes les femmes qui se battent pour nos libertés, notre intégrité et l’humanité.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes marocaines qui rêvent d’être comédiennes ?

Mes conseils sont : faire des études c’est très important, stimuler son intellect est primordial. S’enrichir d’expériences comme voyager, découvrir d’autres cultures, faire de la danse, prendre des cours de chant, de musique, d’art martiaux, savoir jouer aux échecs, peindre, dessiner, ce sont tous des outils qui peuvent nous servir. C’est un métier difficile il faut être fort, passionné et avoir de la persévérance.

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