Sophia Charai

Sophia Charai

D’où venez vous ? Où vivez vous ?

Je viens du Maroc je suis née à Casablanca  et j’ai grandi  dans cette ville multiculturelle influencée  par ses brassages. Aujourd’hui je vis à Paris, mais je me considère plutôt comme une nomade avec un point  d’ancrage ici car d’ici tout est proche , l’orient, l’occident rien n’est trop loin.

 

De l’architecture à la musique, comment s’est opéré ce changement de carrière ?

Il n’y a pas véritablement de changement de carrière, je me définis comme une artiste qui a besoin de  créer son univers , après c’est seulement le média qu’on utilise qui peut changer ; je peux passer de l ‘architecture à la photographie, du théâtre à la musique, de la décoration au stylisme. Ce qui compte c’est l’expression , pas  forcement le vecteur par lequel cela passe, mais plutôt la vision du monde que l’on propose, notre regard ..

Après c’est la vie qui propose des rendez vous, que l’on imagine  parfois plus tôt ou plus tard, mais je poursuis ma carrière avec une exigence qui est celle de ne pas me répéter car mon but est de créer et de me ré-inventer chaque jour de ma vie pour être heureuse et rester dans le mouvement.

 

Le fait d’être une femme a-t-il été plus un avantage ou un inconvénient pour votre carrière ?

Je ne pense pas les choses en dualité, je pense que nous avons tous nos chemins et que l ‘on se définit par la manière dont on se rêve. Je révais d’être chanteuse je l’ai fait , je rêvais de jouer avec des grands noms du jazz je le vis aujourd’hui, et après quand vous croyez aux choses elles arrivent.

Quant au monde de la musique , il n’est pas plus difficile d’être une femme dans ce milieu que dans n’importe lequel, les femmes doivent toujours être sûres d’elles et s’attendre à ce qu’ on les remette en cause, mais c’est une situation universelle.

 

Quel est votre prochain projet ?

Mon projet immédiat est de faire tourner mon dernier Album Blue Nomada, sorti en juin 2016 , et de le faire connaître au Maroc en multipliant les concerts et les festivals dans mon pays.

J’ai d’autres projets de collaboration avec Latefa Ahrrare ma grande amie comédienne et metteur en scène, pour créer un spectacle autour de mon tour de chant qui mêlerait la comédie et le chant.
J’ai d’autres projets sur le feu mais je préfère ne pas en parler pour ne pas les éventer trop tôt.

Actuellement je finalise mon diplôme de musicothérapeute car l’aspect thérapeutique du chant et de la voix ,du souffle , de la musique m’ont toujours passionnée, et j’aimerais pouvoir le partager avec d’autres.

C’est ce grand violoniste qui écrit ses mots merveilleux« La musique est notre plus ancienne forme d’expression, précédant le langage et l’art. Cela commence avec la voix et par notre désir accablant de joindre les autres. En effet, la musique remonte à beaucoup plus loin que les mots (…). La musique touche nos sentiments bien plus que ne le font les mots, et elle nous fait réagir de tout notre être. » Yehudi Menuhin 1979, The music of man.

 

Comment gérez vous votre carrière ?

Je crois que à tout moment dans ma vie j’ai voulu être libre de faire les choix qui me correspondaient et préserver mon identité, mes valeurs ce à quoi je crois, et des fois ça ne plait pas.
Ce n’est pas grave, j’en ai assumé les conséquences et cela ne m’empêche pas de continuer d’avancer.
Le plus important est de s’entourer de mieux en mieux, c’est à dire de gens qui partagent vos idées, vos ressentis artistiques , votre vision et qui vous apportent beaucoup par leur collaboration , en vous enrichissant. Mais je crois que l’on peut dire ça de tous les domaines, travailler en harmonie avec des gens qui comprennent et respectent votre travail , c’est notre rêve à tous.
Dans le mien cela peut prendre un sens encore plus aigu car les rencontres vous font prendre des chemins inattendus.

Développer son style, sans se préoccuper des modes , ou de la rumeur et croire à ce que l’on fait. Bien sûr cultiver la curiosité pour les autres, rester ouvert, et multiplier les rencontres pour nourrir son inspiration, cultiver sa terre.

 

Quels sont les champs susceptibles de vous intéresser que vous n’avez pas encore exploités ?

Je suis intéressée par l’accompagnement des gens en difficulté, par le biais de la musicothérapie. Cela peut prendre plusieurs visages, intervenir dans des associations en Medina pour des enfants défavorisés, animer une chorale, intervenir dans des structures psychotherapiques. En fait accorder plus de place à la musique dans sa dimension et son pouvoir guérisseur, en plus de faire des concerts.
Dans un avenir proche j’aimerais beaucoup créer un centre pour former des gens à cela, organiser des stages, proposer de se reconnecter à travers le son, dans un cadre ressourçant où les gens viennent faire une pause à la rencontre d’eux même, car c’est très puissant.

 

Avec quelles femmes aimeriez vous collaborer ?

Avec toutes celles que je rencontre et qui partagent mes idées. L’idée que nous sommes tous reliés et que l’avenir sera dans une construction solidaire qui nous englobe tous, ou ne sera pas. On ne peut plus penser comme avant avec des clivages, qui ne se préoccupent pas de son prochain . Nous devons penser à ce qu’on laisse à nos enfants et nous sommes tous responsables du monde que l’on prépare pour demain.

 

Pensez vous revenir vivre un jour au Maroc, ou y réaliser des projets ?

Je ne peux pas répondre de manière tranchée. Je suis profondément nomade et aussi profondément attachée à mon pays. Ce qui semble se dessiner en ce moment c’est que des projets arrivent dans un avenir proche pour moi au Maroc.
J’ai besoin de me sentir libre et à la fois enracinée ce qui laisse présager que je serai toujours en pérégrinations, car c’est ainsi que je me vis le mieux. J’ai besoin de ce mouvement et de me sentir de partout et de nulle part, car la seule vérité c’est notre présent et c’est donc le chemin, le mouvement.

 

Quel serait votre conseil pour les jeunes qui rêvent d’être chanteurs ?

De suivre leur cœur, de ne pas essayer de plaire à tout prix, de respecter leur intuition, leurs inclinations, et surtout ne pas se limiter.

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