Sofia Benbrahim

soufia ben

Quelles sont vos origines et où vivez vous?

Je suis une marocaine pur jus. Je suis née à Casablanca, j’y ai grandi et hormis quelques années d’études à l’étranger, j’y vis et y travaille.

 

Vous avez fait des études de commerce, comment vous avez basculé vers le milieu de la mode et du luxe? Racontez nous votre parcours.

Je suis diplômée d’une école de commerce française. Je comptais bien évoluer dans l’industrie du luxe et de la mode, dans le marketing et la communication mais au grand jamais je ne me suis imaginée me retrouver un jour du côté des artistes… Comme je suis une curieuse et une passionnée, j’aime expérimenter différents univers. J’ai donc travaillé dans le marketing et les relations publiques aux Etats Unis, développé une agence web au Maroc, acheté des collections pour une boutique de luxe, organisé des événements mode à grande échelle, fait du direct pour la télévision et plus récemment lancé et géré les supports de L’Officiel Maroc. Tout cela a néanmoins un sens car je m’intéresse depuis très longtemps aux stratégies globales des marques. En me permettant de lier créativité et business, la vie m’a fait un magnifique cadeau.

 

Depuis vos débuts qu’est ce qui a le plus changé dans votre façon de mener à bien vos projets?

Pour réussir, il est important de se donner les moyens de ses ambitions en s’entourant des bonnes personnes et en partageant ses rêves. Sans hommes et sans motivation commune, les projets créatifs restent des coquilles vides. Je suis une perfectionniste et d’après mes collaborateurs, une locomotive lancée à grande vitesse, parfois difficile à suivre. Au fil des expériences, j’ai appris à faire confiance et à tempérer mes ardeurs pour que mon diable soit un peu moins dans le détail…

 

Le fait d’être une femme vivant au Maroc a-t-il influencé votre manière d’exister?

Oui, certainement. Nous, les femmes marocaines urbaines et actives, faisons encore face à un certain conservatisme qui est parfois difficile à adapter à notre mode de pensée. André Gide disait que « l’intelligence, c’est la faculté d’adaptation ». Je crois à ce précepte mais à mon retour de l’étranger, j’ai mis du temps à en comprendre l’essence et à l’appliquer. Il y a quelques années, au détour d’une discussion totalement fortuite, le parfumeur Serge Lutens a mis l’accent là-dessus, en me disant qu’il n’était pas nécessaire de vouloir calquer le modèle occidental à mon mode de vie. Cela m’a beaucoup fait réfléchir sur la définition même du bien-être. C’est finalement plus évident qu’on ne le croit : il s’agit de tirer avantage de la richesse de nos racines pour évoluer dans un monde globalisé.

 

Les hommes ont-ils été, pour vous, un moteur ou plutôt un frein ?

J’ai toujours été entourée d’hommes inspirants dont certains ont été essentiels dans mon parcours, autant personnel que professionnel. Ces mentors m’ont appris, non sans me mettre à l’épreuve parfois, la persévérance et la confiance en soi. Ce sont pour moi les moteurs les plus précieux.

 

Quelles sont les personnes ou modèles qui vous ont influencée?

Dans l’univers du journalisme et de la mode, je porte un grand respect à Suzy Menkès et Cathy Horyn pour leur honnêteté intellectuelle et l’excellence de leurs analyses. M’étant principalement orientée vers l’univers du luxe et de la mode, je me suis toujours intéressée au mode de fonctionnement du tandem créatif-business. Le duo Yves Saint Laurent et Pierre Bergé a duré près de 35 ans engendrant une des entreprises les plus durables dans cette industrie. La paire Tom Ford et Domenico De Sole aux origines de la fulgurante relance de Gucci en 1995 œuvre actuellement à la croissance de la marque Tom Ford en faisant le pari du positionnement dans le haut du panier. Avant, pendant et après son passage chez Louis Vuitton, le stratège Robert Duffy et le créateur Marc Jacobs continuent le développement des enseignes éponymes avec, quant à eux, une vision grand public de la consommation de luxe. Ceci sans oublier les pionniers d’Internet, des visionnaires et stratèges de haut vol comme l’italien Federico Marchetti créateur en 2000 du site de vente en ligne Yoox.com et d’une plateforme lui permettant de gérer le e-commerce de l’ensemble des marques du Groupe Kering dont Stella McCartney et Balenciaga. Sa récente fusion avec le site Netaporter.com laisse entrevoir un énorme potentiel de croissance pour une activité en plein essor au niveau mondial. Enfin, dans un tout autre registre, je m’inspire beaucoup de ma grand-mère, femme au foyer traditionnelle et analphabète mais dont le sens du style est très assuré. J’aime sa façon très personnelle de mixer senteurs, accessoires et tonalités improbables. Sa vision intuitive de l’élégance me permet de repositionner la mode dans sa réalité c’est à dire être portable, donc vendable.

 

Quels sont les créateurs qui vous inspirent ?

Bien évidemment Mademoiselle Chanel pour ce qu’elle a construit mais aussi pour sa personnalité intrigante. J’admire aussi les créateurs comme Azzedine Alaïa qui ont l’aplomb de résister au chant des sirènes des grands groupes de luxe. Tout comme Raf Simmons qui a récemment décidé de quitter la prestigieuse Maison Dior pour prendre le temps de créer à son rythme. C’est très courageux. Après, comment ne pas citer Anna Wintour et son éternel acolyte Grace Cuddington du Vogue Américain, les photographes de mode Sølve Sundsbø, Paolo Roversi, Inez et Vinoodh, l’inimitable Karl Lagerfeld pour sa culture générale et son inépuisable énergie, feu Alexander McQueen pour son univers à la fois fantastique et torturé et le brodeur François Lesage pour sa bonhomie et l’extraordinaire héritage créatif qu’il a laissé? Ceci sans citer les autres disciplines comme le sculpteur britannique Anish Kapoor pour le choix de ses matériaux et surtout le gigantisme de ses œuvres. Je suis également fascinée par le travail de l’architecte irako-britannique Zaha Hadid, première femme à avoir obtenu le prestigieux Prix Pritzker en 2004 dont j’admire la vision déconstructiviste de l’espace et la réflexion sur l’entrelacement des lignes et des courbes. Comédiens, cinéastes, auteurs… Ma liste est encore longue…

 

Quelle femme vous donne envie de collaborer avec elle (tous domaines confondus) ?

Quelles que soient leurs origines et leurs occupations, j’aime collaborer avec les femmes généreuses, bienveillantes et passionnées. A travers mon métier, j’ai eu la chance d’en rencontrer un grand nombre intelligentes, courageuses, déterminées, créatives et capables d’équilibrer leur vie personnelle et professionnelle. Beaucoup sont marocaines d’ailleurs. Pour ne citer qu’elles, Bahija Jallal, à la tête d’un des plus grands centres de recherche internationaux contre le cancer à Washington est d’une surprenante humilité. Mouna Yaqoubi, experte en gestion d’image à Casablanca, a un sens de l’écoute hors-normes. Tamy Tazi, pionnière de la création de caftans au Maroc, est d’une rare ingéniosité.

 

Si vous deviez donner un conseil aux générations suivantes de jeunes femmes que diriez-vous ?

Poursuivez vos rêves et faîtes confiance à votre intuition. Vous serez en mesure de déplacer des montagnes !

 

Quels sont les champs susceptibles de vous intéresser et que vous n’avez pas encore explorés ?

L’univers créatif est un terrain de jeu illimité. L’édition, les installations artistiques, le multimédia, la Couture… J’ai encore tant à explorer…

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets futurs? Et de quelle manière vous comptez les aborder ?

En bonne touche-à-tout, je mène aujourd’hui deux projets de front, très liés. J’ai récemment lancé Serafina Concept, un bureau créatif spécialisé dans l’univers du style et du luxe. Par ailleurs, Shoelifer.com, le premier média marocain axé sur l’art de vivre traitant entre autres de mode, de bien-être, d’évasion et de découvertes avec une réelle proximité éditoriale sera bientôt en ligne. Bien que la chaussure soit mon pêché mignon, je vous rassure, ce site ne traitera pas que de souliers !

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