Maria El Fassi

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D’où venez-vous ? Où vivez-vous ?

Je suis née à Madrid où j’ai passé les 9 premières années de ma vie avant de m’installer avec ma famille à Casablanca jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat. Je me suis ensuite envolée pour Paris où j’ai passé plusieurs années avant de rentrer définitivement au Maroc il y a 4 ans, un choix motivé par la superbe opportunité que j’ai eue de lancer Jumia Food (ex hellofood) au Maroc. Bien que je me considère marocaine avant tout et à 100%, je garde un grand attachement à l’Espagne que je considère comme mon second pays. C’est une puissance mondiale, mais dont le peuple a su échapper à l’individualisme qui touche d’autres grands pays d’Europe et a su garder une simplicité d’esprit, une joie de vivre et une chaleur que j’admire, ces mêmes caractéristiques auxquelles le Maroc ne cesse d’être associé.

 

Quelles études avez-vous poursuivies ?

Ayant d’ores et déjà développé une fibre entrepreneuriale précoce, j’ai opté pour une première formation généraliste en Economie et Gestion  à l’ «Université Paris Dauphine» qui m’a permis d’acquérir les connaissances fondamentales en économie, finance et marketing, utiles pour mon orientation future. J’ai ensuite complété mon cursus par un Mastère Spécialisé à l’ESSEC plus approfondi en stratégie, entrepreneuriat et management.

 

Quels ont été vos modèles durant votre jeunesse ?

Mon modèle : ma mère, en premier lieu et sans hésitation. Ce n’est peut-être pas très original comme réponse mais comment douter de l’influence d’une mère ? Indépendamment de l’environnement, elle sert toujours d’inspiration pour ses enfants. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être éduquée par une femme qui m’a inculqué la valeur de l’indépendance, ce qui est très libérateur et responsabilisant pour une femme dans une société comme la nôtre, non seulement financièrement mais aussi dans les relations personnelles. Elle m’a également appris la valeur du travail en me répétant souvent que rien ne se construit tout seul et qu’il faut travailler ardemment pour atteindre ses objectifs. C’est à l’âge adulte, et en devenant une maman moi-même, que j’ai constaté que j’ai grandi avec une réelle superwoman capable de tout faire, enchainer des heures de travail tout en étant présente pour ses enfants, car il est très important pour l’épanouissement de chacun, de savoir trouver l’équilibre entre sa famille et son travail.

 

Parlez-nous de vos différentes expériences à l’étranger et en quoi cela vous sert aujourd’hui au Maroc ?

Que cela soit au niveau des études ou de mes expériences professionnelles, j’ai eu la chance de pouvoir vivre dans plusieurs pays, de découvrir différentes cultures et de pouvoir toucher, de près ou de loin, à divers domaines. Ayant grandi dans deux pays différents, j’avais déjà développé une grande capacité d’adaptation qui m’a été essentielle lors de mes multiples expériences à l’étranger. Pendant mes années d’études, j’avais décidé très tôt de m’armer par des expériences professionnelles, notamment à l’international. C’est ainsi que j’ai pu toucher à la finance chez Merrill Lynch à New York, au Marketing Digital au sein d’une start-up à Singapour, au Business Development chez Coca-Cola à Paris ou encore approfondir mes connaissances en finance de marché à la Société Générale. Cependant, l’expérience qui reste pour moi la plus significative et la plus riche en apprentissages, est celle de Sales Account Representative chez Amazon.fr. C’est après cette expérience, que je me suis découvert un réel attrait pour le monde du e-commerce et que j’ai pu faire naître en moi une fibre commerciale, que j’avais jusque-là, totalement ignorée, peut-être à cause de ma grande timidité.

Pour mon rôle au sein de Jumia Food, ces diverses expériences m’ont été extrêmement utiles et bénéfiques, car elles m’ont permis d’apprendre différents métiers et d’acquérir des connaissances dans la majorité des postes qui constituent aujourd’hui mon équipe. L’expérience est extrêmement importante quand il s’agit de guider et de gérer une équipe.

Etant donné que nous avons un ADN Tech dans la boîte, nous travaillons en toute proximité et cela me permet donc de comprendre le rôle de chacun, leurs contraintes et de les accompagner plus efficacement.

Du fait de côtoyer différentes cultures, j’ai également acquis une ouverture d’esprit et une tolérance qui sont, à mon avis, essentielles si l’on veut vivre sereinement au Maroc, ou dans n’importe quel autre pays d’ailleurs. Professionnellement, mes expériences m’ont appris la rigueur, le professionnalisme et le challenge de savoir fédérer autour d’un projet. Etant ouverte à l’autre et curieuse, ces séjours ont été culturellement très riches en expérimentations et en rencontres.

 

Pourquoi le retour au pays ?

Bien que Paris soit un très bon choix pour les études, la vie y est très stressante et répétitive. La solitude vous gagne facilement et l’adage métro-boulot-dodo devient une véritable routine. Ne vous y trompez pas, je garde d’excellents souvenirs de mes années passées en France, cependant, j’ai très vite compris que je n’allais pas y construire ma vie. Ce choix a été principalement motivé par le désir de retrouver ma famille et de fonder moi-même une famille dans mon pays. J’avais également pour objectif, en rentrant au Maroc, de lancer mon propre projet à Casablanca, mais j’ai finalement eu l’opportunité d’intégrer le projet Jumia Food.

Il va sans dire que ma réintégration s’est faite graduellement et plutôt difficilement. Sans grande surprise, j’ai dû déjà me faire à l’idée que se promener dans la rue au Maroc allait passer du quotidien au sporadique et que j’allais devoir renoncer à une certaine liberté qui, je dois l’avouer, me manque encore aujourd’hui.

Professionnellement, le retour a été plutôt éprouvant et laborieux au départ, mais passer du géant du e-commerce dans le monde à la start-up où tout est à construire était tout de même très stimulant.

 

Comment en êtes-vous arrivée au e-commerce ?

Le e-commerce n’était pas une vocation au départ, mais, suite à mon expérience chez Amazon, poursuivre dans ce domaine est devenu pour moi une évidence. Amazon est un véritable mastodonte et travailler au sein de cette entreprise m’a ouvert les yeux et m’a permis de comprendre, assez rapidement, que le e-commerce était l’avenir de notre génération.  Grâce au e-commerce, nous pouvons à présent avoir accès à une multitude de produits et de services, ce qui facilite la vie des gens et permet un gain de temps considérable.

J’ai donc eu l’idée de créer mon propre projet, dans le e-commerce, au Maroc. Mais, lorsque j’ai entendu parler d’une entreprise, fondée par Rocket Internet, qui cherchait à s’implanter au Maroc, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion. C’était un excellent compromis pour moi.

 

Racontez-nous votre expérience avec Jumia food

Comme je l’ai expliqué auparavant, mes débuts chez Jumia Food, précédemment nommé hellofood, ont été laborieux et éprouvants, mais ils n’en ont pas été moins riches en apprentissages. Je suis passée du géant du e-commerce où tous les process sont automatisés et l’organisation structurée, à la petite start-up dont il fallait écrire les pages blanches.

N’ayant constitué qu’une toute petite équipe au départ, j’ai dû moi-même occuper plusieurs postes : comptable, responsable RH, commerciale et parfois même livreur ! Puis, progressivement, j’ai pu mettre en place des process, recruter des personnes qualifiées qui constitueraient l’équipe diversifiée qu’elle est aujourd’hui, et faire passer Jumia Food du statut de start-up à celui d’entreprise. Nous avons gagné en notoriété, lancé le service sur plusieurs villes, amélioré l’expérience client et développé notre offre sur le marché.

Aujourd’hui, Jumia Food (connu sous d’autres noms) est présent dans 40 pays dans le monde, dont 10 en Afrique. Grâce à cette présence sur plusieurs marchés, nous avons pu bénéficier et apprendre de l’expertise du groupe et mettre en place des outils opérationnels extrêmement performants, dans le but de pérenniser notre présence au Maroc et de devenir leader dans le domaine de la commande de repas en ligne.

Mon expérience au sein de Jumia Food restera la plus enrichissante de ma carrière, tant au niveau humain que professionnel. J’ai vraiment appris à me surpasser, à agir vite et efficacement, à être autonome et à prendre des décisions rapides.

Je suis fière de ce que nous avons accompli jusqu’à présent et grâce à ce poste, j’ai réussi à créer des liens forts avec mon équipe et à instaurer un climat motivant et stimulant, ce qui est, à mon goût, essentiel pour réussir dans le monde du travail.

 

Depuis vos débuts, qu’est ce qui a changé dans votre façon d’entreprendre ?

Absolument tout ! Quand je suis rentrée au Maroc, des idées plein la tête, j’étais persuadée qu’il suffisait d’avoir une idée originale et différente pour réussir avec succès à lancer son projet. Je me rends compte aujourd’hui à quel point j’avais tort. En effet, après presque 4 ans passés à développer cette start-up, j’ai compris que l’important n’était pas simplement d’avoir une bonne idée, mais que la clé du succès résidait principalement dans l’exécution de son plan.

Par ailleurs, j’ai appris à étudier ma cible. En effet, le marché marocain est assez particulier et il faut savoir à qui l’on s’adresse exactement lorsque l’on propose un produit ou un service. Le pouvoir d’achat n’est pas directement corrélé au comportement du consommateur. Par conséquent, une population que l’on aurait cru pouvoir adhérer à notre service peut n’y présenter aucun intérêt, et vice versa. Lorsque l’on souhaite entreprendre, il faut réellement s’adapter au contexte local. Par exemple, Jumia Food étant présent sur plusieurs pays, les campagnes ayant fonctionné sur un marché peuvent déboucher sur des résultats totalement différents quand elles sont mises en place au Maroc.

Enfin, il faut garder en tête que, de manière générale, toute entreprise nécessite une prise de risques et un investissement qu’on ne peut négliger. Avant de me plonger dans ce projet, j’avais totalement sous-estimé l’importance du savoir-faire technologique, du temps et du capital que ce type de plateformes requiert.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontré du fait d’être une femme dirigeante ?

Globalement, je ne me souviens pas avoir rencontré de quelconque difficulté liée à mon statut de femme, que ce soit avec mon équipe ou avec les partenaires et fournisseurs avec lesquels je travaille quotidiennement. Je pense que tant que l’on fait son travail correctement et que l’on reste professionnel, on encourage rarement son interlocuteur à dévier vers un comportement irrespectueux.  J’estime que la femme possède autant de capacités que l’homme, et qu’une femme dirigeante devrait donc pouvoir bénéficier des mêmes réactions et comportements qu’un homme au sein du même poste. D’ailleurs, je tiens à souligner que je dois mon titre à un groupe qui privilégie la parité et le mérite, dans les différents pays où il est implanté, y compris dans un pays comme le Maroc où la proportion de femmes dirigeantes au sein des entreprises croît timidement.

 

Les hommes ont-ils été, pour vous, un moteur ou plutôt un frein ?

Pour ma part, je suis plutôt reconnaissante à plusieurs hommes dans ma vie qui m’ont permis d’évoluer et de m’épanouir. Mon père et mon mari resteront bien entendu les meilleurs exemples et les plus grands moteurs pour moi. Ce sont des hommes que j’admire et qui m’ont toujours soutenue, encouragée et motivée. Mon père m’a transmis son calme et son pragmatisme et mon mari m’a réellement aidée à ne pas me laisser abattre et à ne jamais renoncer à mes projets.

Je sais que ce n’est pas toujours évident, mais si j’avais un conseil à donner à toute femme qui souhaite aller plus loin, ce serait d’essayer de s’entourer de personnes qui la tirent vers le haut et de ne pas laisser un homme lui dicter ses actions.

 

Quels sont les champs susceptibles de vous intéresser que vous n’avez pas encore exploré ?

Le cinéma sans hésitation ! J’avais goûté au plaisir et au bonheur du théâtre pendant quelques années au lycée et à l’université car, au fond de moi, j’avais toujours rêvé de devenir actrice, et c’est un domaine que j’aimerais vraiment pouvoir explorer plus en profondeur.

Par ailleurs, étant donné que je passe la majeure partie de mon temps à développer une plateforme de commande de repas, il serait peut-être temps que je me mette à la cuisine !

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